Brèves pour le métro ou autres lieux

 

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 Voici des nouvelles brèves, à lire en quelques petites minutes ( ou moins...) pour chacune (d'où le titre).

Merci de me laisser des petits messages d'encouragements. Et si jamais vous venez souvent par ici, vous pouvez simplement m'envoyer un petit sourire pour me dire que vous m'avez lue et que vous avez aimé.

Si vous voyez une erreur (de frappe bien sûr...) dans un texte, n'hésitez pas à me le dire. On a beau se relire plusieurs fois, on en laisse tous.

Merci également de ne pas utiliser, même partiellement, ces textes, sans me l'avoir demandé avant, conformément à la loi sur le droit d'auteur (ces textes sont protégés).

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Bonne lecture !

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20 janvier 2018

Deux ans après

 

Joséphine repensait de temps en temps à l'accident.

Un matin, c'était deux ans après, elle prenait son petit déjeuner. Elle imagina rencontrer son chauffard dans la rue. Elle se formula le dialogue qu'ils auraient pu avoir. Et puis, tout d'un coup, la violence de l'accident la submergea, quelques secondes, trois ou quatre, pas plus. Elle se rappela alors qu'elle avait eu de la chance, qu'elle aurait pu y rester. Tout en y pensant, elle vit les choses sur la table : la brique de lait dans les tons bleus, le paquet de beurre bien entamé, le pot de café en poudre de la marque Monoprix, la grosse bouteille de Volvic laissée sur la table par son fils. Tout cela prit une grande importance. Dans leur banalité, ces cartons et plastiques représentaient la vie.  

 

 

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07 janvier 2018

Histoires

Gabrielle a 15 ans. Pour aller au lycée, elle passe par le jardin du Luxembourg. Elle ne prend jamais l'allée principale mais une allée parallèlle. Elle passe devant une grande pelouse parfaitement entretenue, avec une statue d'ange au milieu, et de jolies ombres lorsqu'il y a du soleil.

Souvent, en marchant, Gabrielle se raconte des histoires. Des histoires d'amour où elle est la principale héroïne. Des histoires qui se terminent parfois bien, parfois mal, mais qui sont toujours fortes. D'un jour sur l'autre, elle se raconte le même récit. Elle le continue ou bien se répète des scènes qu'elle enrichit de nouveaux détails. Quand elle pense être arrivée au bout, elle se raconte autre chose, une nouvelle rencontre, avec un autre garçon.

Ces rêves éveillés n'existent pas seulement pendant ses trajets sous les arbres du Luxembourg. Mais c'est à ce moment là qu'ils sont le plus réels. Ils suivent le rythme de ses pas. Elle marche avec eux.

De vraies rencontres amoureuses, il lui arrive d'en avoir. Mais elles sont toujours décevantes.

 

Gabrielle a 45 ans. Pour revenir de son travail, elle marche dans le quartier de la Défense. Elle n'habite pas loin. Ce qu'elle aime le plus, c'est marcher dans la nuit, sur les dalles désertées à l'heure où elle quitte son bureau, avec ses talons qui martellent le sol. Elle regarde toutes ces fenêtres encore allumées. On dirait que les lumières montent vers le ciel.

Gabrielle a besoin de ces moments pour évacuer le stress de la journée. Elle aime son travail, les responsablités qu'elle a, prendre des décisions, être dans l'action en permanence.Mais elle travaille beaucoup trop, elle le sait.

Elle ne se raconte plus d'histoires ou alors très ponctuellement et brièvement. Comme tout le monde pense-t-elle. Pourtant, elle aimerait bien y arriver encore. Elle n'a pas oublié l'adolescente qu'elle était et le bien que cela lui faisait. Maintenant, dès qu'elle n'est pas occupée à quelque chose, elle ressent un vide intérieur. Elle voudrait réussir à le peupler d'amours imaginaires et magnifiés. Plus beaux encore que tous ceux qu'elle a connus.

Pourtant, elle sait à quoi les histoires lui étaient utiles quand elle avait 15 ans. Elle luttait contre la dépression. Il suffit qu'elle se revoit traversant le Luxembourg pour revivre cette lutte. Et pourtant, à l'époque, elle n'en avait pas conscience. Elle n'avait pas conscience non plus de la perversité de ses parents. Elle ne pouvait pas mettre de mots sur ses ressentis.

 

Un soir, alors qu'elle marche au milieu des tours de la Défense, Gabrielle se sent particulièrement fatiguée. Elle passe, comme à chaque fois, devant une statue gigantesque qui porte des ailes dans le dos. Et, ce jour là, elle pense au titre d'un film. La vie rêvée des anges.

 

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27 décembre 2017

Mister Perfect

C'était la communion du fils d'Anne. On s'était retrouvées, Caroline, Christiane, Nathalie, Anne et moi autour d'une table. Presque toutes les cousines. Comme au temps de notre enfance et de notre adolescence. Il ne manquait que Léa. On parla d'elle. Elle avait quitté son mari pour un type que la famille n'appréciait pas. J'ai d'abord laissé mes cousines parler.

- De toute façon, vous vous souvenez, on l'appelait la princesse au petit pois.

- Non mais … franchement … je n'arrive pas à comprendre …

- J'en ai parlé avec elle l'autre jour.

- Ah oui … raconte … pourquoi elle a quitté Mister Perfect ? Elle a donné une explication ?

- Oui … elle le trouvait trop lisse.

- Trop lisse ???

- N'importe quoi !

- Elle a toujours été un peu spéciale.

J'ai alors donné mon avis. Je savais que je ne convaincrai personne, mais je l'ai donné quand même. Après tout, c'était mes cousines, et on se connaissait depuis si longtemps.

- Je crois que je comprends. Je n'ai jamais trouvé qu'elle avait de la chance d'avoir épousé Cyril.

- Tu es sérieuse ??? On était toutes jalouses, a dit Caroline.

Et Nathalie a rajouté :

- En fait, tu ne veux pas admettre que toi aussi tu étais jalouse... Ce n'est pas pour rien qu'on l'a appelé Mister Perfect. Beau, du charme, intelligent, attentionné avec les gens... La perle rare. Le genre de mec qu'on ne laisse pas partir.

J'ai continué.

- Franchement, j'ai discuté avec lui une fois. Je parle d'une vraie discussion. C'était vide. Creux … En fait … comment dire ? Je trouve que ce mec ressemblait à une publicité. On doit finir par se lasser. Avoir envie d'une vraie personne. Dans la vraie vie.

La mère d'Anne nous a rejoint. Nous avons changé de discussion.

 

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28 novembre 2017

L'été (version 2)

 

Julia sortit un livre de son sac et se félicita de l'avoir sur elle. Elle l'ouvrit, lu quelques mots, puis s'arrêta dans sa lecture. Elle regarda les ombres claires se balancer sur la lumière de la page.

Elle se dit : « Ca y est, c'est l'été ».

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27 novembre 2017

Eté

 

Julia s'était disputée avec son mari pour une stupide histoire d'organisation des courses. C'était au début de l'été, ils étaient arrivés la veille à l'île de Ré et ils étaient encore fatigués par le voyage. Elle décida de sortir pour retrouver son calme. Elle alla dans les marais. Elle marcha d'un pas assuré, tout en imaginant les paroles qu'elle allait dire à son mari en rentrant. Elle ne s'était pas bien exprimée et elle allait rattraper cela.

Petit à petit, son esprit commença à papillonner, sa vue se posa sur l'eau saumâtre, sur les oiseaux, sur les nuages blancs, sur les gens. Sa peau ressentit le bien-fait de la chaleur. Elle finit par ne plus penser à la dispute.

Elle trouva un chemin sur la gauche et s'y engagea. Il n'y avait personne. Elle trouva quelques marches et s'y assit. De chaque côté, il y avait des arbustes qui apportaient de la fraîcheur. Elle voyait encore les marais.

Elle sortit un livre de son sac et se félicita de l'avoir sur elle. Elle l'ouvrit, lu quelques mots, puis s'arrêta dans sa lecture. Elle regarda la façon dont les ombres se balançaient sur la page.

Elle se dit : « Ca y est, c'est l'été ».

 

Posté par Dalva123 à 22:27 - Commentaires [15] - Permalien [#]

22 octobre 2017

Sophie

L’émission sur la souffrance au travail avait trois T sur Télérama. Sophie s’était demandé si elle allait la regarder. Le sujet la touchait trop. Finalement, à 20 heures 35, elle alluma la trois. Cela commençait à l’hôpital, dans le bureau d’un médecin. Puis l’émission continuait dans un tribunal de Prud’hommes. Cinq caissières en procès, chacune à leur tour, à des jours différents, pas de possibilités de se présenter à plusieurs, de faire corps, de se battre ensemble. En face, il y avait la gérante du supermarché. Sophie détesta tout de suite cette femme. Quelle arrogance ! Et son avocat qui en rajoutait ! En plus, physiquement, elle ressemblait à Caroline Magne, sa patronne. Sophie n’avait plus envie de regarder, cela la renvoyait à son propre vécu. Elle changea de chaine. Sur M6, il y avait un film. Une forêt, la nuit, avec une femme en robe longue (une princesse ?). Elle marchait rapidement. On entendait son souffle haletant.

Son fils arriva dans la pièce.

— Ah super ! Tu as changé !

— Oui, mais ce n’est pas pour toi. Regarde, c’est déconseillé aux moins de 10 ans.

— J’ai 10 ans !

— Tout juste, et il est tard.

— C’est les vacances … juste dix minutes …

— Pas plus, demain tu te lèves pour aller au centre.

— Promis.

La femme en robe longue continuait à avancer. La forêt était vraiment sombre. Il y avait des bruits bizarres. Elle se retournait, levait la tête, marchait encore plus vite. Une chouette passa au-dessus d’elle. Elle se mit à courir. Tout à coup, un clown surgit de derrière un arbre. La princesse se mit à crier.

Son fils aussi.

Sophie éteignit la télévision.

— Tu vois … Allez, va te coucher. Moi aussi je vais aller dormir. Je suis crevée.

 

C’était une erreur. Ce n’est pas en se couchant plus tôt que l’on vainc l’insomnie. Au contraire. L’ambiance du bureau ne la quittait pas. Elle repensait à ses erreurs, au document qu’elle avait rendu ce jour là à Monsieur Dean. Elle avait fait n’importe quoi encore, son travail n’avait pas été rigoureux, elle n’avait pas argumenté comme il le fallait. Elle ne s’était même pas relue. Elle avait sûrement laissé des fautes d’orthographes, ce qu’il détestait. Mais elle avait encore eu mille petites choses à faire dans la journée, elle avait été dérangée, elle avait oublié le rapport. Et puis rien n’allait en ce moment. Elle était trop fatiguée. A force de ne pas dormir, elle n’arrivait pas à faire son travail correctement. Sûr que demain elle serait convoquée dans le bureau de Caroline. Il faudrait supporter son air froid et réprobateur. Jamais contente cette femme ! Sophie voulait se battre, y arriver, dormir, bien travailler. Mais elle s’épuisait, elle ne s’en rendait pas compte.

Tout à coup elle entendit un cri qui venait de la chambre de son fils. Elle s’y précipita.

— Le clown ! Le clown ! Dans l’armoire !

— Mais non … calme toi, tu as fait un cauchemar.

— Reste, j’ai trop peur.

Elle s’assit au bout du lit avec un oreiller derrière la tête. Elle resta un moment, ne pensa plus vraiment à son travail, revit le film. Elle se dit que, dans la vie, on a tous son clown à supporter. Même lorsque l’on est une princesse. Elle sentit alors ses yeux se fermer. Elle retourna dans son lit et s’endormit.

 

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12 octobre 2017

La vie rêvée des anges

Lina adore ce titre de film. La vie rêvée des anges. Elle ne l’a pas vu, c’est juste le titre qui lui plaît. Elle se le répète souvent dans sa tête. La vie rêvée des anges.

C’est comme elle. Elle rêve sa vie. A vingt-cinq ans, elle en a déjà imaginées des histoires d’amour, de très belles histoires, très fortes, tellement fortes qu’elles lui ont laissé plein de beaux souvenirs. Elle les a vraiment vécues.

La vie rêvée des anges. Elle pense qu’il va lui pousser deux ailes et qu’elle va s’envoler un beau jour, s’envoler pleine de souvenirs et riche de tous ses amours rêvés.

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23 septembre 2017

Cévennes

Léa était dans les Cévennes, chez sa cousine. Un petit mas isolé à quelques mètres de la rivière. Le premier soir, elles se sont installées dans le jardin pour voir les étoiles. Elles avaient éteint toutes les lumières et étaient sorties avec leurs lampes de poche.

Elles se sont assises sur des chaises longues. Le ciel était magnifique, il n’y avait pas un nuage, on voyait la voute céleste. Mais ce n’était pas confortable pour Léa d’avoir la tête en arrière, surtout qu'elles guettaient une étoile filante. Alors, avec sa lampe de poche, elle est retournée dans la maison chercher un coussin. Sa cousine lui a dit qu'elle n'en avait pas besoin.

Léa s'est allongée dans l’herbe et c’était la meilleure position pour regarder la nuit. Autour d'elles, il y avait des odeurs de menthe. Et on pouvait deviner, au loin, le bruit de la cascade.

Il était encore un peu tôt dans l’été pour les étoiles filantes. Léa en a quand même vu deux. Une toute petite et une plus longue. Sa cousine l'a enviée, elle n’en a vu aucune. Léa avait préparé son voeu à l’avance, mais difficile de le formuler au passage d’une étoile, cela va trop vite. C'est après que l’on se rend compte qu’elle était là. Juste une trace sur la rétine. De toute facon, son voeu était beaucoup trop long (elle voulait que Pierre quitte sa femme et qu’il lui revienne mais que sa femme ne soit pas triste de cette separation, ni lui d'ailleurs, et qu’ils se rendent compte, tout simplement, qu’ils n’étaient pas fait l’un pour l’autre). Elle s'est redit tout cela, juste après avoir vu l’étoile filante, la plus longue des deux. Les mots allaient vite dans sa tête, il fallait que le souvenir de l’étoile soit encore tout frais.

Trois mois ont passé. Les vacances sont loin maintenant. Léa ne sait pas si son voeu se réalisera un jour. Elle en doute fort, c'était un voeu irréaliste. Cela lui est égal maintenant. Il lui reste les odeurs de menthe dans la nuit, les étoiles et le bruit de la cascade au loin.

 

 

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29 juin 2017

Les chaussures

Je suis allée faire les soldes avec ma copine Mathilde. On s’est levées tôt, le premier jour. Elle m’a emmenée dans une petite boutique assez chic, derrière l’Opéra. Elle avait déjà fait son choix. Elle voulait être sûre que les sandales dont elle rêvait seraient toujours là. Elle a eu de la chance, il restait sa pointure. Soixante euros, je trouvais cela encore un peu cher pour des talons compensés même s’il y avait du strass sur le dessus.

— Tu te rends pas compte comme on est bien dedans ! Et puis, je t’assure, j’ai fait tout Paris, je n’en ai pas vu d’autres comme ça.

 

A la fin de l’été, j’ai revu Mathilde chez Jacques et Brigitte. Elle portait de simples claquettes.

— Et les chaussures qu’on a achetées ensemble ? Tu ne les aimes déjà plus ?

— Tu rigoles ! Vous n’allez jamais me croire. J’étais en Normandie, je suis allée sur la plage avec…

— Avec des talons ?

— Oui, c’est la ville là bas. Il suffit de se déchausser quand on arrive sur le sable. Donc, je m’installe, le dos contre un petit muret, et je m’endors à moitié.

— Et là, un chien vient pisser dans tes godasses.

— Ou une vague géante les attrape.

— Non, je me réveille et … plus de chaussures.

— Tu te les es fait piquées ?

— Eh oui !

— Tu as été porter plainte ?

— Même pas. Je suis rentrée pieds nus.

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