Brèves pour le métro ou autres lieux

 

DSC06057

 

 Voici des nouvelles brèves, à lire en quelques petites minutes ( ou moins...) pour chacune (d'où le titre).

Merci de me laisser des petits messages d'encouragements. Et si jamais vous venez souvent par ici, vous pouvez simplement m'envoyer un petit sourire pour me dire que vous m'avez lue et que vous avez aimé.

Si vous voyez une erreur (de frappe bien sûr...) dans un texte, n'hésitez pas à me le dire. On a beau se relire plusieurs fois, on en laisse tous.

Merci également de ne pas utiliser, même partiellement, ces textes, sans me l'avoir demandé avant, conformément à la loi sur le droit d'auteur (ces textes sont protégés).

Les commentaires ne sont pas ouverts sur cette page d'accueil mais sur tous les billets suivants.

Bonne lecture !

Posté par Dalva123 à 10:07 - Commentaires [0] - Permalien [#]


08 avril 2017

Pierre Masson

 

Valérie était assise sur un banc, face à la mer. Elle lisait. « Ma mère », le dernier Pierre Masson. Elle était absorbée par sa lecture et elle ne bougea pas quand quelqu’un vint s’asseoir à côté d’elle.

— Hum, hum…

Alors elle se retourna et vit un homme d’à peu près son âge, plutôt élégant, plutôt beau.

— Vous ne me reconnaissez pas ? dit-il.

— Non. On s’est déjà rencontrés ?

— Je ne pense pas.

— Alors, pourquoi je devrais vous reconnaître ?

Il sourit et montra du doigt le livre de Valérie. Elle ne comprit pas tout de suite.

— Qu’est-ce qu’il a mon livre ? Vous avez un rapport avec mon livre ? … non… ce n’est pas possible…

— Si, c’est moi, Pierre Masson.

— Non… je ne vous crois pas…

— Pourquoi ? Vous ne me reconnaissez pas, maintenant ?

— Non. Je n’ai dû vous voir qu’une seule fois à la télévision. C’était il y a longtemps. Et puis je ne suis pas très physionomiste.

— Eh bien, c’est moi !

— Quel hasard !

— Pas vraiment. Vous ne liriez pas mon livre, je ne vous aurais pas abordée. Vous en pensez quoi ?

— De quoi ?

— De mon livre.

— Vous voyez… j’étais complètement dedans quand vous êtes arrivé.

— Il est parfait alors ?

— Non… je ne dirais pas ça… ça me plaît beaucoup mais…

— Mais ?

— Mais rien.

— Si, si. Soyez honnête. Je ne rencontre que des gens qui cherchent à me flatter, rarement mes lecteurs. Alors, soyez honnête.

— Je trouve que votre livre manque parfois un peu de sincérité… il est un peu trop flamboyant… un peu trop écrit… C’est très très beau cette écriture… mais ça manque de sincérité… ce n’est pas une écriture qui va avec l’autobiographie…

— Flamboyant ?

— Lyrique plutôt… Je ne sais pas comment dire… Vous voyez, moi aussi j’ai une mère vieillissante, et je ne m’y retrouve pas. Il y a longtemps, j’ai lu « Des phrases courtes ma chérie », je ne me souviens plus de l’auteur. Pareil, un livre sur sa mère. Plus sobre et plus sincère.

— Une femme écrivain, Pierrette Fleutiaux.

— Oui, c’est ça. Il y a une autre femme que j’aime beaucoup, dans le genre autobiographique. Annie Ernaux. Elle aussi est très sincère.

— Que des livres de femmes.

— Oui… c’est peut-être un hasard… ou bien alors les femmes sont plus dans le vrai.

— Elles sont plus capables d’être sincères, vous croyez ?

— Oui… je crois… elles n’ont rien à prouver peut-être… juste montrer la réalité… c’est sûrement idiot ce que je dis.

— Mais non ! Je repenserai à notre petite conversation pour mon prochain livre. Mais j’aperçois mon épouse, je vais aller la rejoindre. Au revoir. Ce fut un plaisir.

— Pour moi aussi… au revoir…

 

Valérie espérait ne pas l’avoir vexé. Pendant longtemps, cette question la tracassa. Vraiment. Elle y pensa souvent. Elle se reprocha sa franchise. « On n’est pas obligé de dire tout ce qu’on pense … pourtant … il m’a demandé d’être honnête … je l’ai été … est-ce que j’ai eu tort ? »

 

Elle parla de cette rencontre à tout le monde. Evidemment, c’était une histoire tellement incroyable qu’il fallait bien la raconter. « Oui, un jour sur un banc … vous ne me croirez pas … ». Et puis après, elle repensait à ses remords.

 

Un an après, elle était dans la cuisine. Ses enfants étaient venus les voir. Ils regardaient la télévision avec leur père. Tout à coup, ils l’appelèrent :

— Viens voir ! Ton écrivain, Pierre Masson. Il va peut-être parler de toi.

Elle s’était essuyé les mains sur un torchon.

— Ne vous moquez pas.

Elle était arrivée devant l’écran. Et là, l’homme qui parlait n’était pas du tout celui du banc. Pourtant, en dessous de son visage, il y avait un bandeau où il était écrit : Pierre Masson. Pas de doute. Et l’autre alors ?

 

Posté par Dalva123 à 09:55 - Commentaires [18] - Permalien [#]

07 avril 2017

Parfait

 

Anne voulait rompre avec Christian. Elle ne savait pas trop comment s’y prendre, quels mots dire, comment il réagirait. Elle décida d’improviser.

— Voilà … je… je… je voudrais partir…

— Où ça ?

– En fait… je voudrais qu’on se quitte.

— Ah…!

Il y eut quelques secondes de silence où ils se regardèrent, puis il dit :

— Si je m’y attendais… je… je… je n’ai rien vu venir… on est bien pourtant tous les deux… Tu en aimes un autre ?

— Non, pas pour le moment.

— Bon, si c’est ce que tu veux, mais c’est dommage pour toi. Tu avais rencontré l’homme parfait et tu veux partir.

Et il fit un grand sourire pour montrer que c’était de l’humour. Christian n’était pas quelqu’un de prétentieux. C’était une autre de ses qualités.

— Oui, c’est vrai, dit Anne. Tu es parfait. Beau. Grand. Gentil. Bien élevé. Riche. Intelligent. Et tu as même de l’humour. Le prince charmant auquel rêvent toutes les jeunes filles, mais je ne suis plus une jeune fille, ça m’ennuie maintenant ce genre de rêve, je voudrais un homme avec des blessures, des manques. Tu n’en as pas assez. Tout est trop facile, trop lisse avec toi et je n’arrive pas à vraiment t’aimer. Voilà…

— En fait, tu me reproches de ressembler à un rêve.

— Oui, c’est ça.

 

 

Posté par Dalva123 à 08:26 - Commentaires [14] - Permalien [#]

30 mars 2017

Camping

Quand on a téléphoné pour réserver le camping, à Albec, on a été très surpris. On n’arrivait à joindre personne. Alors on a téléphoné à l’office du tourisme. Et là, une dame nous a dit qu’il était fermé, qu’on allait construire un hôtel avec un centre de thalassothérapie à la place, mais qu’on pouvait réserver au camping de la Côte. Le camping de la Côte ? Non merci. Il est loin de tout, mais à côté de la route. Le nôtre, il donnait sur la mer. Juste au dessus des dunes. Juste au dessus de la plage. Il n’y avait qu’un escalier pour y arriver. Et quand on avait de la chance, on avait un emplacement au bord. De là, on pouvait voir la mer dans la journée et l’entendre la nuit, à marée haute. J’aimais tellement m’endormir avec le bruit des vagues… Mais c’était trop beau tout ça. On peut aller voir ailleurs maintenant. Un centre de thalasso, ce n’est pas pour nous. De toute façon, Albec, c’est une ville de riches. On n’est pas les bienvenus. L’année dernière, j’ai surpris une conversation entre deux types. « Avec ce temps … la bonne clientèle vient moins. » La bonne clientèle ! Il y a la bonne et la mauvaise. Celle des centres de thalasso et celle des campings. De toute façon, tant mieux. Parce que mon mari s’est vexé et du coup il a dit qu’on irait camper en Méditerranée. On va gagner au change.

 

Posté par Dalva123 à 20:40 - Commentaires [16] - Permalien [#]

18 mars 2017

Porte

 

Elle avait relâché la porte du magasin un peu brutalement et sans regarder derrière elle. C’est qu’elle pensait à autre chose. Malheureusement, il y avait un homme qui voulait passer à ce moment là et il s’est pris la porte dans la figure. Il a juste dit « aïe » et elle s’est retournée, absolument désolée, confuse même. Elle a répété ces mots plusieurs fois : « Je suis désolée … je suis confuse … vraiment ». L’homme n’était ni un grincheux ni un râleur. Au contraire, il souriait. Il se tenait le front mais il souriait. Elle a fini par lui demander :

— Que pourrais-je faire pour vous ?

— Rien. Il me faudrait de la glace. A part ça, je ne vois pas. Mais ne vous inquiétez pas, ça va aller.

Elle avait de la glace chez elle. Elle n’habitait pas loin. Mais elle ne pouvait quand même pas lui proposer d’y aller ensemble. Ça ne se faisait pas. Pourtant, l’homme était séduisant. Alors, elle lui répéta encore qu’elle était désolée et s’en alla.

 Plus tard, elle s’est imaginé qu’elle n’avait pas été si timorée, que l’homme l’avait suivie et qu’une histoire d’amour avait eu lieu. Son rêve éveillé revenait souvent. Elle y mettait des tas d’images et de belles paroles. Elle prenait du plaisir à entrer dedans et puis soudain, elle devenait amère, elle regrettait sa passivité. Elle se disait : « Les choses auraient pu être différentes … si j’avais osé … »

 Pendant longtemps, elle a regardé les portes des magasins avec beaucoup d’intensité, en se disant : « Parfois, la vie tient à presque rien ».

 

Posté par Dalva123 à 09:42 - Commentaires [19] - Permalien [#]


14 mars 2017

Des hommes et des femmes

 

Elles étaient un groupe de six femmes. Elles en arrivèrent au sujet des relations sexuelles. Trois d'entre elles avaient des choses à dire sur le sujet.

— Quand une femme couche avec un homme, elle a besoin de ressentir quelque chose pour lui. Il faut qu’elle soit amoureuse.

— Les femmes sont plus sentimentales.

— Les hommes aussi. Ils ne veulent pas le montrer, mais quand ils vont au lit, c’est qu’il y a au moins de la séduction, du désir.

— Je ne sais pas, je ne suis pas sûre, pas toujours. Ils font l’amour pour se déstresser.

— Peut-être…

 Les trois autres se taisaient.

 Natacha n’avait pas envie de prendre part à la conversation. Elle n’aimait pas parler d’elle et elle ne voulait pas s’exprimer à la place des autres. Les hommes, les femmes, c’était trop large, trop vague. Tout en suivant la discussion, elle se demanda ce qui était important pour elle. Elle se rendit compte qu'elle n'avait pas forcément besoin d'être amoureuse. Par contre, elle avait besoin que ses partenaires se comportent en hommes amoureux, qu'ils fassent attention à elle, qu'ils lui offrent des cadeaux. Cela la rassurait.

 Véronique, quant à elle, était mal à l’aise. Elle avait des relations sexuelles, tout le monde en a besoin. Mais elle n’arrivait pas à aimer. Elle l’aurait voulu pourtant, tomber amoureuse. Elle se sentait desséchée, sans vie véritable, sans vibration. Elle en souffrait mais elle n’arrivait pas à faire confiance à aucun des hommes qu’elle avait rencontrés.

 Quant à Sonia, la discussion la rendait triste. Elle avait l'impression d'être transparente aux yeux des hommes. 

 

Posté par Dalva123 à 19:29 - Commentaires [9] - Permalien [#]

11 mars 2017

Bougies

 

Quand Louise est rentrée à la maison, elle a tout de suite compris que Simon et les enfants avaient préparé quelque chose pour son anniversaire. C’était à cause de l’attitude de son plus jeune fils. Il ne savait pas garder un secret. Tout son visage, son sourire, sa façon de gigoter le trahissaient. Louise n’a pas montré qu’elle avait compris. Pendant tout le repas, elle est restée discrète, comme si de rien n’était. Et puis, au moment du dessert, l’un des garçons est allé mettre son disque préféré, l’autre est allé éteindre les lumières pendant que son mari s’éclipsait. Il est revenu avec un gâteau.

— Comme vous êtes mignons… je ne m’y attendais pas du tout.

Elle a soufflé les trente-sept bougies puis son mari a sorti les cadeaux de dessous le canapé. Il y en avait trois. Un chacun. Un beau pull de la part de son mari, un bracelet et un collier de la part des garçons. Elle les a embrassés puis elle a dit :

— Je découpe le gâteau.

Elle a enlevé les bougies une à une. Déjà, tout à l’heure, elle avait vu qu’il s’agissait de bougies qui avaient déjà servi. Ça l’énervait cette manie de Simon. A chaque anniversaire, il les gardait dans une petite boîte en fer. Là, elle n’a rien dit mais elle a pensé qu’elle aurait bien aimé des bougies neuves pour ses trente-sept ans. Elle ne voulait pas passer pour une petite fille capricieuse mais quand même… 

 

Posté par Dalva123 à 08:18 - Commentaires [16] - Permalien [#]

02 mars 2017

Affaires masculines

 

Moi aussi j’ai emménagé avec un homme.

 — Je suis contente pour toi.

— Je te le présenterai. Mais bon … ce n’est pas simple de partager son appartement quand on a été habituée à vivre seule. Je prendrais bien l’homme sans ses affaires. Ça m’énerve ses fringues et tout son barda chez moi. Tu ne ressens pas la même chose avec Aziz ?

— Non.

— Ça doit être moi alors, je dois avoir une mentalité de vieille fille.

Et elles avaient ri.

Nathalie n’avait rien rajouté, mais elle avait pensé qu’au contraire, elle aimait avoir enfin des vêtements d’homme chez elle. Elle ouvrait parfois le placard, et elle regardait ses chemises, ses cravates, ses pulls. Et ça lui faisait un petit quelque chose.

 

Posté par Dalva123 à 21:45 - Commentaires [20] - Permalien [#]

19 février 2017

Exposition

 

En allant aux Tuileries, je suis tombée par hasard sur Marcus. Il a accepté de venir avec moi voir l’exposition d’Ahaé. C’est un photographe coréen qui a pris des milliers de photos de sa fenêtre. Rien que de là.

Avec Marcus, on est entrés dans un bâtiment blanc, construit pour la circonstance. On est restés un moment à regarder les oeuvres, comme deux amis contents de partager un beau moment. On a parlé des photos, on a échangé nos impressions, on a souvent eu le même regard. On a répété le mot poésie plusieurs fois. Pourtant, on n’est pas restés collés l’un à l’autre pendant toute la visite. On s’est éloignés, on s’est retrouvés. Parfois, l’un de nous deux est allé chercher l’autre :

— Tu as vu les libellules ?

— Oui.

— Viens, on va les revoir.

En sortant, il faisait encore beau en ce mois d’août finissant. On s’est assis. J’ai sorti un livre de mon sac. Amour, Prozac et autres curiosités. Il s’est intéressé à ce que je lisais. C’était une chose nouvelle. Comme pour l’exposition. Avant, il n’aurait pas accepté de m’y suivre.

— C’est un livre un peu olé olé alors ?

— Oui, si on veut. Je dirais que c’est cru.

— Cru ?

— Oui, mais ce n’est pas gratuit. C’est un roman extraordinaire. Il parle des femmes et de sexe comme aucun autre.

— Ah… ! Tu peux comparer … tu en lis souvent des livres pareils…?

— Non, tu es bête... Ce que je veux dire … c’est … en finissant le livre, tu te dis que tu as touché du doigt l’essence de la sexualité … et de la vie aussi.

On a parlé encore et encore. De petites choses de rien du tout et de plus grandes. De nous, séparément, et ensemble, lorsqu’on était amants. J’ai pu lui dire les moments difficiles, mais avec beaucoup de détachement, comme si c’était loin.

Et puis il m’a dit :

— J’ai très envie de toi. Je n’ai pas envie de repartir dans une relation avec toi. J’ai juste envie qu’aujourd’hui on se retrouve encore à l’hôtel.

On y est allés.

En rentrant chez moi, je n’ai pas ressenti de frustration, de manque ou de tristesse. Je me suis juste dit que cette journée avait été importante et que je la garderais en mémoire.

 

Une journée particulière.

 

Posté par Dalva123 à 08:47 - Commentaires [13] - Permalien [#]

14 février 2017

Père et fils

 Ils sont deux dans la voiture. Le père et le fils. Le père est un vieux monsieur maintenant. C’est le fils qui conduit. De toute façon c’est sa voiture.

Le père dit :

— Arrête-toi s’il te plaît…

— Pourquoi ?

— J’ai besoin de faire quelque chose…

— Pipi ?

— Oui.

Le fils pense alors à tous ces voyages qu’ils ont fait en famille, quand il était enfant. Son père conduisait et c’était un vrai tyran. Personne n’avait le droit de faire pipi, ni lui ni ses frères ni même sa mère. Et pas question de s’arrêter si l’on avait faim ou besoin de se dégourdir les jambes. C’était l’horreur ces trajets là, il s’en souvient encore. Et puis, ce n’était pas que les voyages qui posaient problème. Son père avait été un homme très difficile à vivre, très exigeant et très égoïste à la fois. Même adulte, le fils en avait souffert longtemps. Alors, il dit :

— Attends un peu, on n’a pas beaucoup roulé encore.

Le fils se rend bien compte que son comportement est un peu puéril, mais ça lui fait du bien. Il vit cela comme une réparation.

Le père le redemande encore et la réponse du fils est toujours la même. Alors il finit par dire, très gêné :

— J’ai peur de faire dans mon pantalon…

Le fils s’arrête. Il s’en veut. Il a même honte. Mon pauvre petit papa. Moi aussi j’en serai là un jour, à dépendre des autres. Et puis le passé est le passé. Ça n’a plus d’importance maintenant.

  

Posté par Dalva123 à 11:15 - Commentaires [16] - Permalien [#]