Brèves pour le métro ou autres lieux

 

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 Voici des nouvelles brèves, à lire en quelques petites minutes ( ou moins...) pour chacune (d'où le titre).

Merci de me laisser des petits messages d'encouragements. Et si jamais vous venez souvent par ici, vous pouvez simplement m'envoyer un petit sourire pour me dire que vous m'avez lue et que vous avez aimé.

Si vous voyez une erreur (de frappe bien sûr...) dans un texte, n'hésitez pas à me le dire. On a beau se relire plusieurs fois, on en laisse tous.

Merci également de ne pas utiliser, même partiellement, ces textes, sans me l'avoir demandé avant, conformément à la loi sur le droit d'auteur (ces textes sont protégés).

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Bonne lecture !

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23 septembre 2017

Cévennes

Léa était dans les Cévennes, chez sa cousine. Un petit mas isolé à quelques mètres de la rivière. Le premier soir, elles se sont installées dans le jardin pour voir les étoiles. Elles avaient éteint toutes les lumières et étaient sorties avec leurs lampes de poche.

Elles se sont assises sur des chaises longues. Le ciel était magnifique, il n’y avait pas un nuage, on voyait la voute céleste. Mais ce n’était pas confortable pour Léa d’avoir la tête en arrière, surtout qu'elles guettaient une étoile filante. Alors, avec sa lampe de poche, elle est retournée dans la maison chercher un coussin. Sa cousine lui a dit qu'elle n'en avait pas besoin.

Léa s'est allongée dans l’herbe et c’était la meilleure position pour regarder la nuit. Autour d'elles, il y avait des odeurs de menthe. Et on pouvait deviner, au loin, le bruit de la cascade.

Il était encore un peu tôt dans l’été pour les étoiles filantes. Léa en a quand même vu deux. Une toute petite et une plus longue. Sa cousine l'a enviée, elle n’en a vu aucune. Léa avait préparé son voeu à l’avance, mais difficile de le formuler au passage d’une étoile, cela va trop vite. C'est après que l’on se rend compte qu’elle était là. Juste une trace sur la rétine. De toute facon, son voeu était beaucoup trop long (elle voulait que Pierre quitte sa femme et qu’il lui revienne mais que sa femme ne soit pas triste de cette separation, ni lui d'ailleurs, et qu’ils se rendent compte, tout simplement, qu’ils n’étaient pas fait l’un pour l’autre). Elle s'est redit tout cela, juste après avoir vu l’étoile filante, la plus longue des deux. Les mots allaient vite dans sa tête, il fallait que le souvenir de l’étoile soit encore tout frais.

Trois mois ont passé. Les vacances sont loin maintenant. Léa ne sait pas si son voeu se réalisera un jour. Elle en doute fort, c'était un voeu irréaliste. Cela lui est égal maintenant. Il lui reste les odeurs de menthe dans la nuit, les étoiles et le bruit de la cascade au loin.

 

 

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29 juin 2017

Les chaussures

Je suis allée faire les soldes avec ma copine Mathilde. On s’est levées tôt, le premier jour. Elle m’a emmenée dans une petite boutique assez chic, derrière l’Opéra. Elle avait déjà fait son choix. Elle voulait être sûre que les sandales dont elle rêvait seraient toujours là. Elle a eu de la chance, il restait sa pointure. Soixante euros, je trouvais cela encore un peu cher pour des talons compensés même s’il y avait du strass sur le dessus.

— Tu te rends pas compte comme on est bien dedans ! Et puis, je t’assure, j’ai fait tout Paris, je n’en ai pas vu d’autres comme ça.

 

A la fin de l’été, j’ai revu Mathilde chez Jacques et Brigitte. Elle portait de simples claquettes.

— Et les chaussures qu’on a achetées ensemble ? Tu ne les aimes déjà plus ?

— Tu rigoles ! Vous n’allez jamais me croire. J’étais en Normandie, je suis allée sur la plage avec…

— Avec des talons ?

— Oui, c’est la ville là bas. Il suffit de se déchausser quand on arrive sur le sable. Donc, je m’installe, le dos contre un petit muret, et je m’endors à moitié.

— Et là, un chien vient pisser dans tes godasses.

— Ou une vague géante les attrape.

— Non, je me réveille et … plus de chaussures.

— Tu te les es fait piquées ?

— Eh oui !

— Tu as été porter plainte ?

— Même pas. Je suis rentrée pieds nus.

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01 juin 2017

Université

 

J’attends. Je suis dans un couloir de l’université et j’attends que ce soit mon tour pour prendre des renseignements au bureau des Masters. J’ai le numéro 56 et on en est au 37. C’est long. J’en ai assez d’être debout. En plus, ce n’est pas le moment. Ça ne va pas bien. J’ai des problèmes d’argent, mes amies me lâchent, je vis une déception amoureuse. Rien ne va. J’ai le cafard. Attendre n’arrange rien. Alors je sors dans l’escalier, pour m’asseoir sur une marche. Je regarde par la fenêtre.

Sur le campus, il y a des arbres aux couleurs d’automne. Je reconnais des érables et des cerisiers du Japon. Des gens passent, en groupe le plus souvent. Tout au fond, je vois la ville. Elle contraste avec la végétation de la fac.

 

Sur un banc, un étudiant est assis. Il mange un sandwich. Je le vois en tout petit au milieu de cette nature. Je le regarde longtemps et je ressens une paix intérieure. Je ne sais pas pourquoi.

 

Posté par Dalva123 à 22:27 - Commentaires [8] - Permalien [#]

12 mai 2017

Film

 

— Alors, qu’est-ce que tu as commencé à me raconter par mail ?

— J’ai trouvé l’homme de ma vie…

— Non ?

— Si.

— Par Internet ?

— Oui ma belle.

— Raconte.

— Tu as du temps ?

— Bien sûr.

— Voilà … ce n’est pas le premier avec qui j’ai discuté (sur Internet je veux dire) … mais celui-là, ça a été comme un coup de foudre … on pensait pareil … lui en homme, moi en femme, mais presque pareil … on avait les mêmes goûts … on se marrait même … il m’envoyait un message et j’étais de bonne humeur pour toute la journée … mais on a mis du temps à se rencontrer en vrai … j’avais peur d’être déçue … lui aussi sans doute … le jour de notre première rencontre, je m’étais faite toute belle … pas trop apprêtée … naturelle mais avec de beaux vêtements … de belles chaussures … des trucs qui m’allaient bien. Il m’a vue … il m’a regardée … et j’ai vu dans ses yeux que je lui plaisais. Il s’est approché de moi, il a pris mon visage dans ses mains, il m’a embrassée … il m’a prise dans ses bras comme quelqu’un qu’on aime depuis longtemps … et puis il a voulu qu’on aille ensemble à l’hôtel … moi je trouvais ça un peu rapide … mais il m’a dit qu’on se connaissait depuis longtemps … qu’on discuterait après … qu’on avait tout le temps … j’ai cédé. Bon, je ne te raconte pas l’hôtel … c’est personnel … mais il m’avait dit vrai … on a beaucoup discuté après … comme sur Internet … aussi naturellement … on a bien ri aussi.

— C’est tout ?

— Oui.

— Tu l’as revu ?

— Non.

— Non ?

— Ben non, parce que ce n’est pas vrai tout ce que je t’ai raconté !!!

— Ce que tu peux être bête... Non vraiment ? Tu as tout inventé ? Là, maintenant ?

— Non, ça fait longtemps que je me raconte cette histoire. Je me la suis tellement bien imaginée que j’avais peur d’être déçue … alors, je ne suis même pas allée sur Meetic, je n’ai même pas essayé.

— Remarque, t’aurais pu essayer quand même … parce que tu n’as pas la suite de l’histoire … peut-être que tu serais tombée follement amoureuse … que tu aurais accepté de vivre avec lui et que tu aurais été vachement malheureuse parce que, finalement, ça aurait été un pervers narcissique.

— Je te l’ai déjà dit une fois, tu lis trop de conneries … tu te fais des films.

 

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06 mai 2017

Lumière

 

Et après, tu t’es endormie.

Je t’ai regardée un petit moment. Il commençait à faire sombre avec juste une petite lumière extérieure qui entrait dans la chambre. Les dessins des rideaux ajourés se reflétaient sur ton corps. Cela faisait de jolis tracés sur ton ventre et tes seins.

Je suis alors parti en pensant que je reviendrai. 

 

 

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27 avril 2017

Souvenirs

 

Je m’occupe d’une personne âgée. Une dame assez riche. Elle me parle souvent de sa vie. Pleine d’anecdotes, pleine de rencontres, pleine de mouvements. Elle perd un peu la tête, alors elle raconte souvent la même chose. Ça ne fait rien. Je l’écoute. Quand elle ne dit rien, que ses yeux sont dans le vague, je sais qu’elle se remémore le passé. Elle n’a pas l’air malheureuse. Elle a eu une belle vie et c’est comme si elle la revivait encore. Et moi ? Je me demande avec quels souvenirs je vivrai quand je serai vieille. Et je raconterai quoi ? Je ne vois pas ce que j’aurai comme anecdote. Je ne vois rien de spécial à raconter. Je n’ai pas une vie trépidante. Je suis une contemplative. Je regarde le monde, les gens, le paysage et je suis bien. Mais ça, ça ne fait pas des souvenirs. Je parlerai de quoi alors ? 

 

 

Posté par Dalva123 à 23:14 - Commentaires [14] - Permalien [#]

08 avril 2017

Pierre Masson

 

Valérie était assise sur un banc, face à la mer. Elle lisait. « Ma mère », le dernier Pierre Masson. Elle était absorbée par sa lecture et elle ne bougea pas quand quelqu’un vint s’asseoir à côté d’elle.

— Hum, hum…

Alors elle se retourna et vit un homme d’à peu près son âge, plutôt élégant, plutôt beau.

— Vous ne me reconnaissez pas ? dit-il.

— Non. On s’est déjà rencontrés ?

— Je ne pense pas.

— Alors, pourquoi je devrais vous reconnaître ?

Il sourit et montra du doigt le livre de Valérie. Elle ne comprit pas tout de suite.

— Qu’est-ce qu’il a mon livre ? Vous avez un rapport avec mon livre ? … non… ce n’est pas possible…

— Si, c’est moi, Pierre Masson.

— Non… je ne vous crois pas…

— Pourquoi ? Vous ne me reconnaissez pas, maintenant ?

— Non. Je n’ai dû vous voir qu’une seule fois à la télévision. C’était il y a longtemps. Et puis je ne suis pas très physionomiste.

— Eh bien, c’est moi !

— Quel hasard !

— Pas vraiment. Vous ne liriez pas mon livre, je ne vous aurais pas abordée. Vous en pensez quoi ?

— De quoi ?

— De mon livre.

— Vous voyez… j’étais complètement dedans quand vous êtes arrivé.

— Il est parfait alors ?

— Non… je ne dirais pas ça… ça me plaît beaucoup mais…

— Mais ?

— Mais rien.

— Si, si. Soyez honnête. Je ne rencontre que des gens qui cherchent à me flatter, rarement mes lecteurs. Alors, soyez honnête.

— Je trouve que votre livre manque parfois un peu de sincérité… il est un peu trop flamboyant… un peu trop écrit… C’est très très beau cette écriture… mais ça manque de sincérité… ce n’est pas une écriture qui va avec l’autobiographie…

— Flamboyant ?

— Lyrique plutôt… Je ne sais pas comment dire… Vous voyez, moi aussi j’ai une mère vieillissante, et je ne m’y retrouve pas. Il y a longtemps, j’ai lu « Des phrases courtes ma chérie », je ne me souviens plus de l’auteur. Pareil, un livre sur sa mère. Plus sobre et plus sincère.

— Une femme écrivain, Pierrette Fleutiaux.

— Oui, c’est ça. Il y a une autre femme que j’aime beaucoup, dans le genre autobiographique. Annie Ernaux. Elle aussi est très sincère.

— Que des livres de femmes.

— Oui… c’est peut-être un hasard… ou bien alors les femmes sont plus dans le vrai.

— Elles sont plus capables d’être sincères, vous croyez ?

— Oui… je crois… elles n’ont rien à prouver peut-être… juste montrer la réalité… c’est sûrement idiot ce que je dis.

— Mais non ! Je repenserai à notre petite conversation pour mon prochain livre. Mais j’aperçois mon épouse, je vais aller la rejoindre. Au revoir. Ce fut un plaisir.

— Pour moi aussi… au revoir…

 

Valérie espérait ne pas l’avoir vexé. Pendant longtemps, cette question la tracassa. Vraiment. Elle y pensa souvent. Elle se reprocha sa franchise. « On n’est pas obligé de dire tout ce qu’on pense … pourtant … il m’a demandé d’être honnête … je l’ai été … est-ce que j’ai eu tort ? »

 

Elle parla de cette rencontre à tout le monde. Evidemment, c’était une histoire tellement incroyable qu’il fallait bien la raconter. « Oui, un jour sur un banc … vous ne me croirez pas … ». Et puis après, elle repensait à ses remords.

 

Un an après, elle était dans la cuisine. Ses enfants étaient venus les voir. Ils regardaient la télévision avec leur père. Tout à coup, ils l’appelèrent :

— Viens voir ! Ton écrivain, Pierre Masson. Il va peut-être parler de toi.

Elle s’était essuyé les mains sur un torchon.

— Ne vous moquez pas.

Elle était arrivée devant l’écran. Et là, l’homme qui parlait n’était pas du tout celui du banc. Pourtant, en dessous de son visage, il y avait un bandeau où il était écrit : Pierre Masson. Pas de doute. Et l’autre alors ?

 

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07 avril 2017

Parfait

 

Anne voulait rompre avec Christian. Elle ne savait pas trop comment s’y prendre, quels mots dire, comment il réagirait. Elle décida d’improviser.

— Voilà … je… je… je voudrais partir…

— Où ça ?

– En fait… je voudrais qu’on se quitte.

— Ah…!

Il y eut quelques secondes de silence où ils se regardèrent, puis il dit :

— Si je m’y attendais… je… je… je n’ai rien vu venir… on est bien pourtant tous les deux… Tu en aimes un autre ?

— Non, pas pour le moment.

— Bon, si c’est ce que tu veux, mais c’est dommage pour toi. Tu avais rencontré l’homme parfait et tu veux partir.

Et il fit un grand sourire pour montrer que c’était de l’humour. Christian n’était pas quelqu’un de prétentieux. C’était une autre de ses qualités.

— Oui, c’est vrai, dit Anne. Tu es parfait. Beau. Grand. Gentil. Bien élevé. Riche. Intelligent. Et tu as même de l’humour. Le prince charmant auquel rêvent toutes les jeunes filles, mais je ne suis plus une jeune fille, ça m’ennuie maintenant ce genre de rêve, je voudrais un homme avec des blessures, des manques. Tu n’en as pas assez. Tout est trop facile, trop lisse avec toi et je n’arrive pas à vraiment t’aimer. Voilà…

— En fait, tu me reproches de ressembler à un rêve.

— Oui, c’est ça.

 

 

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30 mars 2017

Camping

Quand on a téléphoné pour réserver le camping, à Albec, on a été très surpris. On n’arrivait à joindre personne. Alors on a téléphoné à l’office du tourisme. Et là, une dame nous a dit qu’il était fermé, qu’on allait construire un hôtel avec un centre de thalassothérapie à la place, mais qu’on pouvait réserver au camping de la Côte. Le camping de la Côte ? Non merci. Il est loin de tout, mais à côté de la route. Le nôtre, il donnait sur la mer. Juste au dessus des dunes. Juste au dessus de la plage. Il n’y avait qu’un escalier pour y arriver. Et quand on avait de la chance, on avait un emplacement au bord. De là, on pouvait voir la mer dans la journée et l’entendre la nuit, à marée haute. J’aimais tellement m’endormir avec le bruit des vagues… Mais c’était trop beau tout ça. On peut aller voir ailleurs maintenant. Un centre de thalasso, ce n’est pas pour nous. De toute façon, Albec, c’est une ville de riches. On n’est pas les bienvenus. L’année dernière, j’ai surpris une conversation entre deux types. « Avec ce temps … la bonne clientèle vient moins. » La bonne clientèle ! Il y a la bonne et la mauvaise. Celle des centres de thalasso et celle des campings. De toute façon, tant mieux. Parce que mon mari s’est vexé et du coup il a dit qu’on irait camper en Méditerranée. On va gagner au change.

 

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