Brèves pour le métro ou autres lieux

 

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 Voici des nouvelles brèves, à lire en quelques petites minutes ( ou moins...) pour chacune (d'où le titre).

Merci de me laisser des petits messages d'encouragements. Et si jamais vous venez souvent par ici, vous pouvez simplement m'envoyer un petit sourire pour me dire que vous m'avez lue et que vous avez aimé.

Si vous voyez une erreur (de frappe bien sûr...) dans un texte, n'hésitez pas à me le dire. On a beau se relire plusieurs fois, on en laisse tous.

Merci également de ne pas utiliser, même partiellement, ces textes, sans me l'avoir demandé avant, conformément à la loi sur le droit d'auteur (ces textes sont protégés).

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Bonne lecture !

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22 octobre 2017

Sophie

L’émission sur la souffrance au travail avait trois T sur Télérama. Sophie s’était demandé si elle allait la regarder. Le sujet la touchait trop. Finalement, à 20 heures 35, elle alluma la trois. Cela commençait à l’hôpital, dans le bureau d’un médecin. Puis l’émission continuait dans un tribunal de Prud’hommes. Cinq caissières en procès, chacune à leur tour, à des jours différents, pas de possibilités de se présenter à plusieurs, de faire corps, de se battre ensemble. En face, il y avait la gérante du supermarché. Sophie détesta tout de suite cette femme. Quelle arrogance ! Et son avocat qui en rajoutait ! En plus, physiquement, elle ressemblait à Caroline Magne, sa patronne. Sophie n’avait plus envie de regarder, cela la renvoyait à son propre vécu. Elle changea de chaine. Sur M6, il y avait un film. Une forêt, la nuit, avec une femme en robe longue (une princesse ?). Elle marchait rapidement. On entendait son souffle haletant.

Son fils arriva dans la pièce.

— Ah super ! Tu as changé !

— Oui, mais ce n’est pas pour toi. Regarde, c’est déconseillé aux moins de 10 ans.

— J’ai 10 ans !

— Tout juste, et il est tard.

— C’est les vacances … juste dix minutes …

— Pas plus, demain tu te lèves pour aller au centre.

— Promis.

La femme en robe longue continuait à avancer. La forêt était vraiment sombre. Il y avait des bruits bizarres. Elle se retournait, levait la tête, marchait encore plus vite. Une chouette passa au-dessus d’elle. Elle se mit à courir. Tout à coup, un clown surgit de derrière un arbre. La princesse se mit à crier.

Son fils aussi.

Sophie éteignit la télévision.

— Tu vois … Allez, va te coucher. Moi aussi je vais aller dormir. Je suis crevée.

 

C’était une erreur. Ce n’est pas en se couchant plus tôt que l’on vainc l’insomnie. Au contraire. L’ambiance du bureau ne la quittait pas. Elle repensait à ses erreurs, au document qu’elle avait rendu ce jour là à Monsieur Dean. Elle avait fait n’importe quoi encore, son travail n’avait pas été rigoureux, elle n’avait pas argumenté comme il le fallait. Elle ne s’était même pas relue. Elle avait sûrement laissé des fautes d’orthographes, ce qu’il détestait. Mais elle avait encore eu mille petites choses à faire dans la journée, elle avait été dérangée, elle avait oublié le rapport. Et puis rien n’allait en ce moment. Elle était trop fatiguée. A force de ne pas dormir, elle n’arrivait pas à faire son travail correctement. Sûr que demain elle serait convoquée dans le bureau de Caroline. Il faudrait supporter son air froid et réprobateur. Jamais contente cette femme ! Sophie voulait se battre, y arriver, dormir, bien travailler. Mais elle s’épuisait, elle ne s’en rendait pas compte.

Tout à coup elle entendit un cri qui venait de la chambre de son fils. Elle s’y précipita.

— Le clown ! Le clown ! Dans l’armoire !

— Mais non … calme toi, tu as fait un cauchemar.

— Reste, j’ai trop peur.

Elle s’assit au bout du lit avec un oreiller derrière la tête. Elle resta un moment, ne pensa plus vraiment à son travail, revit le film. Elle se dit que, dans la vie, on a tous son clown à supporter. Même lorsque l’on est une princesse. Elle sentit alors ses yeux se fermer. Elle retourna dans son lit et s’endormit.

 

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12 octobre 2017

La vie rêvée des anges

Lina adore ce titre de film. La vie rêvée des anges. Elle ne l’a pas vu, c’est juste le titre qui lui plaît. Elle se le répète souvent dans sa tête. La vie rêvée des anges.

C’est comme elle. Elle rêve sa vie. A vingt-cinq ans, elle en a déjà imaginées des histoires d’amour, de très belles histoires, très fortes, tellement fortes qu’elles lui ont laissé plein de beaux souvenirs. Elle les a vraiment vécues.

La vie rêvée des anges. Elle pense qu’il va lui pousser deux ailes et qu’elle va s’envoler un beau jour, s’envoler pleine de souvenirs et riche de tous ses amours rêvés.

Posté par Dalva123 à 21:59 - Commentaires [16] - Permalien [#]

23 septembre 2017

Cévennes

Léa était dans les Cévennes, chez sa cousine. Un petit mas isolé à quelques mètres de la rivière. Le premier soir, elles se sont installées dans le jardin pour voir les étoiles. Elles avaient éteint toutes les lumières et étaient sorties avec leurs lampes de poche.

Elles se sont assises sur des chaises longues. Le ciel était magnifique, il n’y avait pas un nuage, on voyait la voute céleste. Mais ce n’était pas confortable pour Léa d’avoir la tête en arrière, surtout qu'elles guettaient une étoile filante. Alors, avec sa lampe de poche, elle est retournée dans la maison chercher un coussin. Sa cousine lui a dit qu'elle n'en avait pas besoin.

Léa s'est allongée dans l’herbe et c’était la meilleure position pour regarder la nuit. Autour d'elles, il y avait des odeurs de menthe. Et on pouvait deviner, au loin, le bruit de la cascade.

Il était encore un peu tôt dans l’été pour les étoiles filantes. Léa en a quand même vu deux. Une toute petite et une plus longue. Sa cousine l'a enviée, elle n’en a vu aucune. Léa avait préparé son voeu à l’avance, mais difficile de le formuler au passage d’une étoile, cela va trop vite. C'est après que l’on se rend compte qu’elle était là. Juste une trace sur la rétine. De toute facon, son voeu était beaucoup trop long (elle voulait que Pierre quitte sa femme et qu’il lui revienne mais que sa femme ne soit pas triste de cette separation, ni lui d'ailleurs, et qu’ils se rendent compte, tout simplement, qu’ils n’étaient pas fait l’un pour l’autre). Elle s'est redit tout cela, juste après avoir vu l’étoile filante, la plus longue des deux. Les mots allaient vite dans sa tête, il fallait que le souvenir de l’étoile soit encore tout frais.

Trois mois ont passé. Les vacances sont loin maintenant. Léa ne sait pas si son voeu se réalisera un jour. Elle en doute fort, c'était un voeu irréaliste. Cela lui est égal maintenant. Il lui reste les odeurs de menthe dans la nuit, les étoiles et le bruit de la cascade au loin.

 

 

Posté par Dalva123 à 09:21 - Commentaires [15] - Permalien [#]

29 juin 2017

Les chaussures

Je suis allée faire les soldes avec ma copine Mathilde. On s’est levées tôt, le premier jour. Elle m’a emmenée dans une petite boutique assez chic, derrière l’Opéra. Elle avait déjà fait son choix. Elle voulait être sûre que les sandales dont elle rêvait seraient toujours là. Elle a eu de la chance, il restait sa pointure. Soixante euros, je trouvais cela encore un peu cher pour des talons compensés même s’il y avait du strass sur le dessus.

— Tu te rends pas compte comme on est bien dedans ! Et puis, je t’assure, j’ai fait tout Paris, je n’en ai pas vu d’autres comme ça.

 

A la fin de l’été, j’ai revu Mathilde chez Jacques et Brigitte. Elle portait de simples claquettes.

— Et les chaussures qu’on a achetées ensemble ? Tu ne les aimes déjà plus ?

— Tu rigoles ! Vous n’allez jamais me croire. J’étais en Normandie, je suis allée sur la plage avec…

— Avec des talons ?

— Oui, c’est la ville là bas. Il suffit de se déchausser quand on arrive sur le sable. Donc, je m’installe, le dos contre un petit muret, et je m’endors à moitié.

— Et là, un chien vient pisser dans tes godasses.

— Ou une vague géante les attrape.

— Non, je me réveille et … plus de chaussures.

— Tu te les es fait piquées ?

— Eh oui !

— Tu as été porter plainte ?

— Même pas. Je suis rentrée pieds nus.

Posté par Dalva123 à 07:12 - Commentaires [17] - Permalien [#]


01 juin 2017

Université

 

J’attends. Je suis dans un couloir de l’université et j’attends que ce soit mon tour pour prendre des renseignements au bureau des Masters. J’ai le numéro 56 et on en est au 37. C’est long. J’en ai assez d’être debout. En plus, ce n’est pas le moment. Ça ne va pas bien. J’ai des problèmes d’argent, mes amies me lâchent, je vis une déception amoureuse. Rien ne va. J’ai le cafard. Attendre n’arrange rien. Alors je sors dans l’escalier, pour m’asseoir sur une marche. Je regarde par la fenêtre.

Sur le campus, il y a des arbres aux couleurs d’automne. Je reconnais des érables et des cerisiers du Japon. Des gens passent, en groupe le plus souvent. Tout au fond, je vois la ville. Elle contraste avec la végétation de la fac.

 

Sur un banc, un étudiant est assis. Il mange un sandwich. Je le vois en tout petit au milieu de cette nature. Je le regarde longtemps et je ressens une paix intérieure. Je ne sais pas pourquoi.

 

Posté par Dalva123 à 22:27 - Commentaires [8] - Permalien [#]

12 mai 2017

Film

 

— Alors, qu’est-ce que tu as commencé à me raconter par mail ?

— J’ai trouvé l’homme de ma vie…

— Non ?

— Si.

— Par Internet ?

— Oui ma belle.

— Raconte.

— Tu as du temps ?

— Bien sûr.

— Voilà … ce n’est pas le premier avec qui j’ai discuté (sur Internet je veux dire) … mais celui-là, ça a été comme un coup de foudre … on pensait pareil … lui en homme, moi en femme, mais presque pareil … on avait les mêmes goûts … on se marrait même … il m’envoyait un message et j’étais de bonne humeur pour toute la journée … mais on a mis du temps à se rencontrer en vrai … j’avais peur d’être déçue … lui aussi sans doute … le jour de notre première rencontre, je m’étais faite toute belle … pas trop apprêtée … naturelle mais avec de beaux vêtements … de belles chaussures … des trucs qui m’allaient bien. Il m’a vue … il m’a regardée … et j’ai vu dans ses yeux que je lui plaisais. Il s’est approché de moi, il a pris mon visage dans ses mains, il m’a embrassée … il m’a prise dans ses bras comme quelqu’un qu’on aime depuis longtemps … et puis il a voulu qu’on aille ensemble à l’hôtel … moi je trouvais ça un peu rapide … mais il m’a dit qu’on se connaissait depuis longtemps … qu’on discuterait après … qu’on avait tout le temps … j’ai cédé. Bon, je ne te raconte pas l’hôtel … c’est personnel … mais il m’avait dit vrai … on a beaucoup discuté après … comme sur Internet … aussi naturellement … on a bien ri aussi.

— C’est tout ?

— Oui.

— Tu l’as revu ?

— Non.

— Non ?

— Ben non, parce que ce n’est pas vrai tout ce que je t’ai raconté !!!

— Ce que tu peux être bête... Non vraiment ? Tu as tout inventé ? Là, maintenant ?

— Non, ça fait longtemps que je me raconte cette histoire. Je me la suis tellement bien imaginée que j’avais peur d’être déçue … alors, je ne suis même pas allée sur Meetic, je n’ai même pas essayé.

— Remarque, t’aurais pu essayer quand même … parce que tu n’as pas la suite de l’histoire … peut-être que tu serais tombée follement amoureuse … que tu aurais accepté de vivre avec lui et que tu aurais été vachement malheureuse parce que, finalement, ça aurait été un pervers narcissique.

— Je te l’ai déjà dit une fois, tu lis trop de conneries … tu te fais des films.

 

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06 mai 2017

Lumière

 

Et après, tu t’es endormie.

Je t’ai regardée un petit moment. Il commençait à faire sombre avec juste une petite lumière extérieure qui entrait dans la chambre. Les dessins des rideaux ajourés se reflétaient sur ton corps. Cela faisait de jolis tracés sur ton ventre et tes seins.

Je suis alors parti en pensant que je reviendrai. 

 

 

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27 avril 2017

Souvenirs

 

Je m’occupe d’une personne âgée. Une dame assez riche. Elle me parle souvent de sa vie. Pleine d’anecdotes, pleine de rencontres, pleine de mouvements. Elle perd un peu la tête, alors elle raconte souvent la même chose. Ça ne fait rien. Je l’écoute. Quand elle ne dit rien, que ses yeux sont dans le vague, je sais qu’elle se remémore le passé. Elle n’a pas l’air malheureuse. Elle a eu une belle vie et c’est comme si elle la revivait encore. Et moi ? Je me demande avec quels souvenirs je vivrai quand je serai vieille. Et je raconterai quoi ? Je ne vois pas ce que j’aurai comme anecdote. Je ne vois rien de spécial à raconter. Je n’ai pas une vie trépidante. Je suis une contemplative. Je regarde le monde, les gens, le paysage et je suis bien. Mais ça, ça ne fait pas des souvenirs. Je parlerai de quoi alors ? 

 

 

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08 avril 2017

Pierre Masson

 

Valérie était assise sur un banc, face à la mer. Elle lisait. « Ma mère », le dernier Pierre Masson. Elle était absorbée par sa lecture et elle ne bougea pas quand quelqu’un vint s’asseoir à côté d’elle.

— Hum, hum…

Alors elle se retourna et vit un homme d’à peu près son âge, plutôt élégant, plutôt beau.

— Vous ne me reconnaissez pas ? dit-il.

— Non. On s’est déjà rencontrés ?

— Je ne pense pas.

— Alors, pourquoi je devrais vous reconnaître ?

Il sourit et montra du doigt le livre de Valérie. Elle ne comprit pas tout de suite.

— Qu’est-ce qu’il a mon livre ? Vous avez un rapport avec mon livre ? … non… ce n’est pas possible…

— Si, c’est moi, Pierre Masson.

— Non… je ne vous crois pas…

— Pourquoi ? Vous ne me reconnaissez pas, maintenant ?

— Non. Je n’ai dû vous voir qu’une seule fois à la télévision. C’était il y a longtemps. Et puis je ne suis pas très physionomiste.

— Eh bien, c’est moi !

— Quel hasard !

— Pas vraiment. Vous ne liriez pas mon livre, je ne vous aurais pas abordée. Vous en pensez quoi ?

— De quoi ?

— De mon livre.

— Vous voyez… j’étais complètement dedans quand vous êtes arrivé.

— Il est parfait alors ?

— Non… je ne dirais pas ça… ça me plaît beaucoup mais…

— Mais ?

— Mais rien.

— Si, si. Soyez honnête. Je ne rencontre que des gens qui cherchent à me flatter, rarement mes lecteurs. Alors, soyez honnête.

— Je trouve que votre livre manque parfois un peu de sincérité… il est un peu trop flamboyant… un peu trop écrit… C’est très très beau cette écriture… mais ça manque de sincérité… ce n’est pas une écriture qui va avec l’autobiographie…

— Flamboyant ?

— Lyrique plutôt… Je ne sais pas comment dire… Vous voyez, moi aussi j’ai une mère vieillissante, et je ne m’y retrouve pas. Il y a longtemps, j’ai lu « Des phrases courtes ma chérie », je ne me souviens plus de l’auteur. Pareil, un livre sur sa mère. Plus sobre et plus sincère.

— Une femme écrivain, Pierrette Fleutiaux.

— Oui, c’est ça. Il y a une autre femme que j’aime beaucoup, dans le genre autobiographique. Annie Ernaux. Elle aussi est très sincère.

— Que des livres de femmes.

— Oui… c’est peut-être un hasard… ou bien alors les femmes sont plus dans le vrai.

— Elles sont plus capables d’être sincères, vous croyez ?

— Oui… je crois… elles n’ont rien à prouver peut-être… juste montrer la réalité… c’est sûrement idiot ce que je dis.

— Mais non ! Je repenserai à notre petite conversation pour mon prochain livre. Mais j’aperçois mon épouse, je vais aller la rejoindre. Au revoir. Ce fut un plaisir.

— Pour moi aussi… au revoir…

 

Valérie espérait ne pas l’avoir vexé. Pendant longtemps, cette question la tracassa. Vraiment. Elle y pensa souvent. Elle se reprocha sa franchise. « On n’est pas obligé de dire tout ce qu’on pense … pourtant … il m’a demandé d’être honnête … je l’ai été … est-ce que j’ai eu tort ? »

 

Elle parla de cette rencontre à tout le monde. Evidemment, c’était une histoire tellement incroyable qu’il fallait bien la raconter. « Oui, un jour sur un banc … vous ne me croirez pas … ». Et puis après, elle repensait à ses remords.

 

Un an après, elle était dans la cuisine. Ses enfants étaient venus les voir. Ils regardaient la télévision avec leur père. Tout à coup, ils l’appelèrent :

— Viens voir ! Ton écrivain, Pierre Masson. Il va peut-être parler de toi.

Elle s’était essuyé les mains sur un torchon.

— Ne vous moquez pas.

Elle était arrivée devant l’écran. Et là, l’homme qui parlait n’était pas du tout celui du banc. Pourtant, en dessous de son visage, il y avait un bandeau où il était écrit : Pierre Masson. Pas de doute. Et l’autre alors ?

 

Posté par Dalva123 à 09:55 - Commentaires [19] - Permalien [#]