Brèves pour le métro ou autres lieux

 

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 Voici des nouvelles brèves, à lire en quelques petites minutes ( ou moins...) pour chacune (d'où le titre).

Merci de me laisser des petits messages d'encouragements. Et si jamais vous venez souvent par ici, vous pouvez simplement m'envoyer un petit sourire pour me dire que vous m'avez lue et que vous avez aimé.

Si vous voyez une erreur (de frappe bien sûr...) dans un texte, n'hésitez pas à me le dire. On a beau se relire plusieurs fois, on en laisse tous.

Merci également de ne pas utiliser, même partiellement, ces textes, sans me l'avoir demandé avant, conformément à la loi sur le droit d'auteur (ces textes sont protégés).

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Bonne lecture !

Posté par Dalva123 à 10:07 - Commentaires [0] - Permalien [#]


18 mars 2017

Porte

 

Elle avait relâché la porte du magasin un peu brutalement et sans regarder derrière elle. C’est qu’elle pensait à autre chose. Malheureusement, il y avait un homme qui voulait passer à ce moment là et il s’est pris la porte dans la figure. Il a juste dit « aïe » et elle s’est retournée, absolument désolée, confuse même. Elle a répété ces mots plusieurs fois : « Je suis désolée … je suis confuse … vraiment ». L’homme n’était ni un grincheux ni un râleur. Au contraire, il souriait. Il se tenait le front mais il souriait. Elle a fini par lui demander :

— Que pourrais-je faire pour vous ?

— Rien. Il me faudrait de la glace. A part ça, je ne vois pas. Mais ne vous inquiétez pas, ça va aller.

Elle avait de la glace chez elle. Elle n’habitait pas loin. Mais elle ne pouvait quand même pas lui proposer d’y aller ensemble. Ça ne se faisait pas. Pourtant, l’homme était séduisant. Alors, elle lui répéta encore qu’elle était désolée et s’en alla.

 Plus tard, elle s’est imaginé qu’elle n’avait pas été si timorée, que l’homme l’avait suivie et qu’une histoire d’amour avait eu lieu. Son rêve éveillé revenait souvent. Elle y mettait des tas d’images et de belles paroles. Elle prenait du plaisir à entrer dedans et puis soudain, elle devenait amère, elle regrettait sa passivité. Elle se disait : « Les choses auraient pu être différentes … si j’avais osé … »

 Pendant longtemps, elle a regardé les portes des magasins avec beaucoup d’intensité, en se disant : « Parfois, la vie tient à presque rien ».

 

Posté par Dalva123 à 09:42 - Commentaires [15] - Permalien [#]

14 mars 2017

Des hommes et des femmes

 

Elles étaient un groupe de six femmes. Elles en arrivèrent au sujet des relations sexuelles. Trois d'entre elles avaient des choses à dire sur le sujet.

— Quand une femme couche avec un homme, elle a besoin de ressentir quelque chose pour lui. Il faut qu’elle soit amoureuse.

— Les femmes sont plus sentimentales.

— Les hommes aussi. Ils ne veulent pas le montrer, mais quand ils vont au lit, c’est qu’il y a au moins de la séduction, du désir.

— Je ne sais pas, je ne suis pas sûre, pas toujours. Ils font l’amour pour se déstresser.

— Peut-être…

 Les trois autres se taisaient.

 Natacha n’avait pas envie de prendre part à la conversation. Elle n’aimait pas parler d’elle et elle ne voulait pas s’exprimer à la place des autres. Les hommes, les femmes, c’était trop large, trop vague. Tout en suivant la discussion, elle se demanda ce qui était important pour elle. Elle se rendit compte qu'elle n'avait pas forcément besoin d'être amoureuse. Par contre, elle avait besoin que ses partenaires se comportent en hommes amoureux, qu'ils fassent attention à elle, qu'ils lui offrent des cadeaux. Cela la rassurait.

 Véronique, quant à elle, était mal à l’aise. Elle avait des relations sexuelles, tout le monde en a besoin. Mais elle n’arrivait pas à aimer. Elle l’aurait voulu pourtant, tomber amoureuse. Elle se sentait desséchée, sans vie véritable, sans vibration. Elle en souffrait mais elle n’arrivait pas à faire confiance à aucun des hommes qu’elle avait rencontrés.

 Quant à Sonia, la discussion la rendait triste. Elle avait l'impression d'être transparente aux yeux des hommes. 

 

Posté par Dalva123 à 19:29 - Commentaires [8] - Permalien [#]

11 mars 2017

Bougies

 

Quand Louise est rentrée à la maison, elle a tout de suite compris que Simon et les enfants avaient préparé quelque chose pour son anniversaire. C’était à cause de l’attitude de son plus jeune fils. Il ne savait pas garder un secret. Tout son visage, son sourire, sa façon de gigoter le trahissaient. Louise n’a pas montré qu’elle avait compris. Pendant tout le repas, elle est restée discrète, comme si de rien n’était. Et puis, au moment du dessert, l’un des garçons est allé mettre son disque préféré, l’autre est allé éteindre les lumières pendant que son mari s’éclipsait. Il est revenu avec un gâteau.

— Comme vous êtes mignons… je ne m’y attendais pas du tout.

Elle a soufflé les trente-sept bougies puis son mari a sorti les cadeaux de dessous le canapé. Il y en avait trois. Un chacun. Un beau pull de la part de son mari, un bracelet et un collier de la part des garçons. Elle les a embrassés puis elle a dit :

— Je découpe le gâteau.

Elle a enlevé les bougies une à une. Déjà, tout à l’heure, elle avait vu qu’il s’agissait de bougies qui avaient déjà servi. Ça l’énervait cette manie de Simon. A chaque anniversaire, il les gardait dans une petite boîte en fer. Là, elle n’a rien dit mais elle a pensé qu’elle aurait bien aimé des bougies neuves pour ses trente-sept ans. Elle ne voulait pas passer pour une petite fille capricieuse mais quand même… 

 

Posté par Dalva123 à 08:18 - Commentaires [16] - Permalien [#]

02 mars 2017

Affaires masculines

 

Moi aussi j’ai emménagé avec un homme.

 — Je suis contente pour toi.

— Je te le présenterai. Mais bon … ce n’est pas simple de partager son appartement quand on a été habituée à vivre seule. Je prendrais bien l’homme sans ses affaires. Ça m’énerve ses fringues et tout son barda chez moi. Tu ne ressens pas la même chose avec Aziz ?

— Non.

— Ça doit être moi alors, je dois avoir une mentalité de vieille fille.

Et elles avaient ri.

Nathalie n’avait rien rajouté, mais elle avait pensé qu’au contraire, elle aimait avoir enfin des vêtements d’homme chez elle. Elle ouvrait parfois le placard, et elle regardait ses chemises, ses cravates, ses pulls. Et ça lui faisait un petit quelque chose.

 

Posté par Dalva123 à 21:45 - Commentaires [20] - Permalien [#]


19 février 2017

Exposition

 

En allant aux Tuileries, je suis tombée par hasard sur Marcus. Il a accepté de venir avec moi voir l’exposition d’Ahaé. C’est un photographe coréen qui a pris des milliers de photos de sa fenêtre. Rien que de là.

Avec Marcus, on est entrés dans un bâtiment blanc, construit pour la circonstance. On est restés un moment à regarder les oeuvres, comme deux amis contents de partager un beau moment. On a parlé des photos, on a échangé nos impressions, on a souvent eu le même regard. On a répété le mot poésie plusieurs fois. Pourtant, on n’est pas restés collés l’un à l’autre pendant toute la visite. On s’est éloignés, on s’est retrouvés. Parfois, l’un de nous deux est allé chercher l’autre :

— Tu as vu les libellules ?

— Oui.

— Viens, on va les revoir.

En sortant, il faisait encore beau en ce mois d’août finissant. On s’est assis. J’ai sorti un livre de mon sac. Amour, Prozac et autres curiosités. Il s’est intéressé à ce que je lisais. C’était une chose nouvelle. Comme pour l’exposition. Avant, il n’aurait pas accepté de m’y suivre.

— C’est un livre un peu olé olé alors ?

— Oui, si on veut. Je dirais que c’est cru.

— Cru ?

— Oui, mais ce n’est pas gratuit. C’est un roman extraordinaire. Il parle des femmes et de sexe comme aucun autre.

— Ah… ! Tu peux comparer … tu en lis souvent des livres pareils…?

— Non, tu es bête... Ce que je veux dire … c’est … en finissant le livre, tu te dis que tu as touché du doigt l’essence de la sexualité … et de la vie aussi.

On a parlé encore et encore. De petites choses de rien du tout et de plus grandes. De nous, séparément, et ensemble, lorsqu’on était amants. J’ai pu lui dire les moments difficiles, mais avec beaucoup de détachement, comme si c’était loin.

Et puis il m’a dit :

— J’ai très envie de toi. Je n’ai pas envie de repartir dans une relation avec toi. J’ai juste envie qu’aujourd’hui on se retrouve encore à l’hôtel.

On y est allés.

En rentrant chez moi, je n’ai pas ressenti de frustration, de manque ou de tristesse. Je me suis juste dit que cette journée avait été importante et que je la garderais en mémoire.

 

Une journée particulière.

 

Posté par Dalva123 à 08:47 - Commentaires [13] - Permalien [#]

14 février 2017

Père et fils

 Ils sont deux dans la voiture. Le père et le fils. Le père est un vieux monsieur maintenant. C’est le fils qui conduit. De toute façon c’est sa voiture.

Le père dit :

— Arrête-toi s’il te plaît…

— Pourquoi ?

— J’ai besoin de faire quelque chose…

— Pipi ?

— Oui.

Le fils pense alors à tous ces voyages qu’ils ont fait en famille, quand il était enfant. Son père conduisait et c’était un vrai tyran. Personne n’avait le droit de faire pipi, ni lui ni ses frères ni même sa mère. Et pas question de s’arrêter si l’on avait faim ou besoin de se dégourdir les jambes. C’était l’horreur ces trajets là, il s’en souvient encore. Et puis, ce n’était pas que les voyages qui posaient problème. Son père avait été un homme très difficile à vivre, très exigeant et très égoïste à la fois. Même adulte, le fils en avait souffert longtemps. Alors, il dit :

— Attends un peu, on n’a pas beaucoup roulé encore.

Le fils se rend bien compte que son comportement est un peu puéril, mais ça lui fait du bien. Il vit cela comme une réparation.

Le père le redemande encore et la réponse du fils est toujours la même. Alors il finit par dire, très gêné :

— J’ai peur de faire dans mon pantalon…

Le fils s’arrête. Il s’en veut. Il a même honte. Mon pauvre petit papa. Moi aussi j’en serai là un jour, à dépendre des autres. Et puis le passé est le passé. Ça n’a plus d’importance maintenant.

  

Posté par Dalva123 à 11:15 - Commentaires [16] - Permalien [#]

06 février 2017

Réveil

A son réveil, il n’était plus dans le lit. Il y avait un petit mot sur son oreiller :

Je suis parti travailler. Déjeune, prends une douche, cherche ce dont tu as besoin dans les placards. Il y a des brosses à dent neuves dans le tiroir, dans la salle de bain. Claque la porte en partant. Bisous.

Elle aurait aimé qu’il écrive aussi : « merci pour cette nuit ». Mais elle aimait bien la confiance qu’il lui faisait. Elle s’est levée, a trouvé du café, du lait et ce qu’il fallait pour se faire des tartines. Elle a trouvé une mug rouge sur la table, toute propre. Elle a pensé qu’il l’avait sortie exprès pour elle. Elle a tout préparé, mangé et commencé à boire son café, très doucement. Elle a pris la mug dans ses deux mains, l’a regardée. Elle s’est demandé si c’était celle qu’il prenait chaque matin, sauf aujourd’hui puisqu’il l’avait gardée pour elle. Quand il lui est resté la moitié du café, elle s’est levée pour aller boire ailleurs. Elle a visité l’appartement. Il n’était pas très grand mais elle a tout regardé, sans rien toucher. Et puis elle a fini dans la salle de bain. Elle a posé la mug vide sur la tablette. Elle a cherché une serviette et une brosse à dent. Elle a ouvert le placard et le tiroir.

Elle aimait bien être seule chez lui. Elle s’est dit que, s’il avait été là, cela n’aurait pas été pareil.

Elle est retournée dans la chambre, s’est habillée. Sur le fauteuil, il y avait le pull qu’il portait hier. Elle l’a pris dans les mains. Elle a respiré son odeur. Elle l’a gardé contre elle. Et puis elle l’a enfilé. Elle est restée là, un moment. Elle avait envie de garder le pull et de partir avec. Elle n’a pas osé. Elle est sortie en claquant la porte.

 

 

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09 janvier 2017

Lettre d'amour

Léa savait d’où venait l’enveloppe. A l’intérieur, il y avait une lettre (deux feuilles) et une photo qu'elle regarda un bon moment avant de lire. C’était bien lui. Il était assis, torse nu, un roman à la main. Il semblait absorbé par sa lecture mais il tenait son livre de façon à ne pas cacher son visage. Léa se dit : « Il se la pète, là… vraiment… il se la pète… » Et puis elle se rendit compte qu’il avait de toute façon toujours cette attitude. Elle se demanda qui avait pris cette photo. Une autre femme ? Et il avait le culot de la lui envoyer ! Un copain ? Ce n’est pas un copain qui aurait eu l’idée de le prendre comme ça. Alors quoi ? Il avait posé et avait demandé à un copain d’appuyer sur l’appareil. Quelle prétention !

Léa lut alors la lettre. Trois pages. De belles phrases, de beaux mots, beaucoup de clichés quand même. Elle pensa lui envoyer par mail :

« Merci pour ta belle déclaration d’amour à toi-même ».

Et puis elle se dit que cela n’en valait pas la peine.

 

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03 janvier 2017

Laverie

J’étais à la laverie tout à l’heure. Maintenant que je suis un homme divorcé, je retrouve ce genre d’endroit. Comme quand j’étais étudiant.

J’ai mis mes vêtements à sécher. A force de regarder la machine tourner, et mon linge avec, j’ai cru que j’allais m’endormir. J’ai regardé la femme d’à côté qui, elle, sortait ses affaires sèches. Elle avait une quarantaine d’années, comme moi. Je l’ai trouvée assez attirante. Elle était habillée très simplement. Un jean, des baskets, mais c’était dimanche. Elle revenait peut-être d’une balade.

A chaque fois qu’elle sortait un vêtement, elle vérifiait qu’il était bien sec. Souvent elle le tendait pour qu’il ne soit pas froissé. J’ai pu voir plusieurs petites culottes et des soutiens-gorge un peu affriolants. J’aurais dû baisser les yeux, ne pas regarder, mais elle ne s’occupait absolument pas de moi, alors j’ai continué. Elle a sorti une petite jupe, très courte. Même avec son jean, je pouvais voir qu’elle avait des jambes fines. Je l’ai imaginée avec. J’étais sûr qu’elle la portait simplement, que ça lui allait bien. Je me suis dit qu’elle devait avoir une sacrée personnalité pour porter ce genre de chose à son âge. Elle a sorti une autre jupe. Pareille. Courte. Il n’y avait que nous deux dans la laverie. Alors, je ne sais pas ce qui m’a pris, je lui ai dit :

— Qu’est-ce que vous devez être jolie avec ça…

Elle m’a regardé très bizarrement. L’air de ne pas comprendre ce que je lui disais ou l’air de penser que j’étais un sombre idiot. Elle est restée quelques secondes sans parler puis elle a haussé les épaules.

— C’est à ma fille.

— Oh ! Pardon !

Je n’ai rien su dire d’autre. Je me suis remis à lire et mes yeux n’ont pas quitté mon journal.

 

Posté par Dalva123 à 21:16 - Commentaires [21] - Permalien [#]