Brèves pour le métro ou autres lieux

 

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 Voici des nouvelles brèves, à lire en quelques petites minutes ( ou moins...) pour chacune (d'où le titre).

Merci de me laisser des petits messages d'encouragements. Et si jamais vous venez souvent par ici, vous pouvez simplement m'envoyer un petit sourire pour me dire que vous m'avez lue et que vous avez aimé.

Si vous voyez une erreur (de frappe bien sûr...) dans un texte, n'hésitez pas à me le dire. On a beau se relire plusieurs fois, on en laisse tous.

Merci également de ne pas utiliser, même partiellement, ces textes, sans me l'avoir demandé avant, conformément à la loi sur le droit d'auteur (ces textes sont protégés).

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Bonne lecture !

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10 mai 2018

Sommeil

Dans l’après-midi, je me suis endormie devant la télé. Cela veut bien dire que je suis fatiguée.

Et, ce soir, je me suis couchée avec beaucoup de plaisir.

Très rapidement, je me suis retrouvée au bord du sommeil. J’étais bien, tellement bien.

Pourquoi alors je me suis réveillée d’un coup ? Pourquoi je suis là, depuis une heure, à rechercher l’endormissement ? Il faudrait que je me lève, que j’aille faire quelque chose, lire ou boire, mais je n’y arrive pas. J’ai à la fois trop sommeil et pas assez.

Cela m’en donne presque mal au cœur.

 

 

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25 avril 2018

La fessée

 

A cinq heures et demie, on a reçu un appel pour aller à la gare de Saint-Gratien. Un vieux monsieur avait reçu une fessée. De la part de trois jeunes. On s’est tous marrés dans le commissariat.

— Ça devient du grand n’importe quoi le boulot en ce moment, a dit Chorisson.

Et on s’est remis à rire. C’est vrai, qu’en ce moment…

On est partis à cinq, Lionel, Georgio, Lisa, Cynthia et moi. Trois filles pour deux mecs. On est arrivés à la gare. Le vieux en question était assis sur des marches, entouré d’un type de la SNCF. Il était vieux de chez vieux. Il pleurait. Dire que tout à l’heure on se marrait au commissariat, et que maintenant moi aussi j’avais envie de pleurer. Je me suis retenue, je sais faire, quand même.

Lionel a interrogé le type de la SNCF. Les trois jeunes étaient partis depuis un moment déjà. Georgio a demandé au vieux si ça allait. Il a secoué la tête pour dire non.

— Est-ce que vous pouvez vous lever ? j’ai demandé.

Il a encore secoué négativement la tête.

— Bon… on va vous aider.

Les deux garçons l’ont pris chacun d’un côté. Il s’est relevé sans problème.

— Vous avez mal ?

— Un peu.

Il se tenait la fesse. Mais moi je savais bien que ce n’était pas la douleur le problème. C’était l’humiliation. On l’aurait tapé et on lui aurait pris son portefeuille, ça aurait presque été préférable.

 

 

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17 avril 2018

L'homme du métro

Laura avait remarqué le type, sur le strapontin, en face. Elle n’arrêtait pas de le regarder. Elle le trouvait très attirant. Il y avait quelque chose dans son visage qu’elle trouvait fascinant. Il n’était pas seulement beau. Il y avait quelque chose de profond en lui.

En fait, elle ne le fixait pas du regard en permanence. Elle tournait régulièrement la tête et posait ses yeux sur lui pendant quelques secondes seulement. Elle ne voulait pas qu’il la remarque. Mais il ne semblait s’apercevoir de rien. Il ne tournait jamais la tête vers elle comme cela arrive parfois, par réflexe, lorsqu’on se sent regardé.

 Pourtant, juste avant sa station, elle le vit se lever et avancer vers elle, sans sourire.

Elle eut un moment de panique.

Elle se demanda : « mais qu’est-ce qu’il fait ? ». En effet, il venait la voir :

— Excusez-moi, vous me regardez depuis tout à l’heure…

Il semblait agacé.

Il y eut deux ou trois secondes de silence, pas plus.

— Euh … excusez-moi, je suis désolée … j’ai vraiment l’impression que votre visage m’est familier … et je n’arrive pas à savoir d’où je vous connais … c’est très énervant comme impression … ça ne vous arrive jamais ce genre de chose ?

— Non, je suis très physionomiste, et je suis sûre de ne jamais vous avoir vue. Désolé.

— Non, c’est moi qui suis désolée … ça ne se fait pas ce que j’ai fait … dévisager les gens comme ça.

— Il n’y a pas de mal.

— Mais je descends là.

— Alors au revoir.

— Au revoir.

 En descendant, elle ne put penser qu’une seule chose : ouf ! 

 

Posté par Dalva123 à 12:53 - Commentaires [18] - Permalien [#]

17 mars 2018

Un inconnu

Il m’est arrivé un truc incroyable. Un jour, je suis allée m’acheter des cigarettes au tabac du coin. Sur la terrasse, il y avait un type. Quand je suis passée devant lui, il m’a regardée droit dans les yeux. Je l’ai regardé aussi. En fait, je ne sais pas qui a regardé l’autre en premier. Je l’ai trouvé vraiment bien, tout de suite. Il y avait une puissance dans son regard et dans son visage. Et du désir dans ses yeux. Je l’ai ressenti immédiatement. Comme s’il m’en avait donné. Comme un cadeau. Ça m’a coulé dans tout le corps. Ça ne m’avait jamais fait ça. Rien qu’avec un regard. J’avais déjà ressenti des tas de choses à travers une main, un geste, mais pas encore à travers des yeux. Pas comme ça. Pas à ce point là.

Je suis rentrée dans le café. Je me sentais toute bizarre. Je suis ressortie avec mon paquet de cigarettes à la main. Le type était encore là, bien sûr. Il m’a de nouveau regardée et m’a dit :

— Pourquoi vous ne vous asseyez pas pour en fumer une ? Avec un verre ?

Je me suis assise à côté de lui. Je ne croyais pas que je serais capable de ça. Je n’avais même pas honte. Oui, je l’ai fait, moi Sophie Boucher. Et puis j’ai fini dans un lit, avec lui. Dans une chambre d’hôtel. Comme ça. Tout de suite. Le truc incroyable. C’était magique. Quelque chose qui ne se raconte pas. Il y avait la transgression aussi. C’était très excitant. Evidemment, on a été discret tant qu’on était dans le café et dans mon quartier. Mais ensuite...

 Après l’amour, on s’est parlés, même beaucoup. J’adore les confidences sur l’oreiller. Heureusement qu’il y a eu ces paroles là, parce qu’avant, on ne s’était pas dit grand chose. J’ai pu voir que c’était un type bien, j’ai pu savoir un peu avec qui j’avais couché. Mais on ne s’est pas donné nos prénoms. Comme s’il fallait que l’on reste deux inconnus.

Evidemment, je n’ai rien dit à mon Alex. Ça aurait servi à quoi ? Je l’aime, je le respecte. C’était juste une parenthèse cette rencontre. Je n’ai rien dit à personne non plus. Même pas à ma meilleure copine. Du coup, de ne pas en parler, cette histoire est restée très irréelle. C’était comme si je n’avais rien fait de mal, comme si je n’avais pas trompé Alex.   

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28 février 2018

Mère et mer

 

Stéphanie est partie s’installer au bord de la mer. Elle a trouvé un poste d’assistante à Caen. Elle habite Colbec, une petite station balnéaire.

Sa mère est venue la voir un week-end de mai. Elles étaient toutes les deux à la terrasse d’un café. Sa mère lui a dit ce que Stéphanie redoutait depuis le début. Mais elle savait que qu'il fallait en passer par là.

— Quand même, tu ne crois pas que tu aurais pu trouver autre chose qu’un poste de secrétaire ?

— Pas secrétaire, maman, assistante.

— Oui … c’est un peu pareil. Avec tes études, tu aurais pu trouver autre chose.

— Ben non, justement … avec une licence de français, tu ne fais pas grand chose.

— Il fallait continuer tes études.

— Même avec une maîtrise … j’aurais pu être prof, mais je n’en avais pas envie.

— Quand même ! Tu pourrais avoir un peu plus d’ambition !

Stéphanie a fini par faire un grand sourire à sa mère et par lui dire qu’elle y penserait, juste pour couper court à la discussion. Mais sa mère a continué :

— Et puis … pourquoi n’habites-tu pas Caen ? Tu serais mieux en ville à ton âge. Et ce n’est pas ici que tu vas te trouver un mari.

— Maman … arrête s’il te plaît.

— OK, j’arrête de parler du mari … mais quand même, ça doit être mort pendant la semaine ici.

— Je travaille pendant la semaine.

— Et cet hiver … tu as pensé à cet hiver ? Là, ça va à peu près … mais, à partir d’octobre, ça doit être sinistre.

— Si ça ne me plaît pas, je déménagerai, ne t’inquiète pas.

 

En fait, Stéphanie n’avait pas du tout l’intention de déménager. Elle était venue ici parce qu’elle avait besoin de la mer. Elle sortait de son travail, le soir, et elle allait regarder les vagues, écouter le ressac, sentir les odeurs marines. Elle était bien. Elle se ressourçait. Et cet hiver, elle avait l’intention de s’acheter un bon manteau, un gros bonnet, et elle irait marcher sur la plage déserte et immense. Mais comment expliquer ça à sa mère ? De toute façon, elle ne comprendrait pas.

 

Posté par Dalva123 à 11:29 - Commentaires [15] - Permalien [#]

22 février 2018

Ange

Marianne est au parc, assise sur un banc. Elle avait vraiment besoin de sortir de chez elle. Elle se sentait trop mal. Son mari avait dépassé les limites du supportable.

Il n’y a presque personne en ce dimanche matin. Il faut dire qu’il est tôt. Elle regarde les fleurs, la pièce d’eau, les arbres, et elle se laisse aller à la rêverie. C'est facile dans un si joli cadre.

Elle est apaisée maintenant.

Soudain, un enfant arrive et s’assoit à côté d’elle sur le banc. Elle n’arrive pas à reconnaître s’il s’agit d’un garçon ou d’une fille. L’enfant est l’un et l’autre. Et puis, il y a quelque chose qui émane de lui. Une force. Un mystère. Une lumière.

L’enfant commence à lui parler.

— Vous rêviez ?

— Oui, un peu

— C’est important les rêves.

Et puis il dit qu’il est un ange. Elle ne s’en étonne pas. Il dit qu’il peut réaliser ses vœux. Il lui touche le bras en disant cela. Elle se sent en confiance. Elle dit :

— Je voudrais que mon mari disparaisse.

— Qu’il meure ?

— Non, surtout pas. Malgré tout ce qu’il me fait endurer. Malgré les douleurs. Malgré … je ne veux pas en parler … non, je veux juste qu’il disparaisse, comme s’il n’avait jamais existé. Mais seulement lui. Le reste doit rester pareil, les enfants doivent toujours être là. Vous comprenez, il me rend tellement malheureuse. Il me … je n’arrive même pas à le formuler, même devant vous. Je vis un enfer.

Et l’ange disparaît alors.

Marianne pense qu'elle lui a fait peur avec ses malheurs. Elle se rend compte qu'elle s'est mise à parler plus fort et plus rapidement. L'émotion était dans sa voix, elle était presque au bord des larmes. Elle aurait dû rester plus calme. L'ange l'aurait peut-être aidée.

 

Elle quitte alors le banc, sors du parc, arrive chez elle. En entrant dans son appartement, elle est frappée par la sérénité du salon. Les meubles sont les mêmes mais, au mur, il y a d'autres tableaux ou photos. Il y a un joli tapis sous la table basse, un tapis qu'elle n'avait encore jamais vu. Un Kilim. La télévision est plus petite.

Marianne s'assoit alors sur son canapé. Elle demande « Il y a quelqu'un ? » Personne ne lui répond. Elle reste un moment à observer son nouvel intérieur. Elle a compris que son souhait a été réalisé, mais tout, à coup, elle se met à avoir peur. « Et mes enfants ? ». Elle se lève, va dans la cuisine, regarde les photos sur la porte du frigidaire. Elle respire. Elle voit Vanessa et Loïc, à des âges différents, dans des lieux différents, mais toujours souriants. Sur certains clichés, elle est là, elle aussi. Mais son mari n'est sur aucun d'entre eux.

Elle visite alors les autres pièces. Les chambres de ses enfants sont presque les mêmes, avec un peu plus de désordre. Pas trop, juste ce qu'il faut. Les affichages au mur sont différents, plus personnels.

Dans sa propre chambre, Marianne remarque tout de suite qu'il y a moins de livres dans la bibliothèque. Elle s'approche. Il n'y a plus que les siens. Elle ouvre les tiroirs, les placards. Les affaires de son mari ont toutes disparues. Elle s'assoit sur son lit et soupire de soulagement.

Les jours avancent. La vie suit son cours, sans lui, sans drame, sans larmes. Personne ne s'étonne de sa disparition. C’est comme s’il n’avait jamais existé. Il n’y a qu’elle pour se souvenir, pour goûter pleinement ce nouveau bonheur...

 

— Mon ballon !

L’enfant est là, devant elle. Le ballon a roulé derrière le banc. L’enfant a un visage d’ange mais elle sait qu’il ne pourra rien pour elle. Ni lui ni personne. Il va falloir qu’elle se prenne en main, qu’elle affronte le divorce, qu’elle parle de ce qu’elle endure, qu’elle admette être une victime, qu’elle ose, qu’elle s’engage. Une disparition aurait été tellement plus simple.

 

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03 février 2018

Samedi au parc

 

Samedi 21 mars. Sophie est au parc, assise dans l’herbe. Elle ne fait rien, elle profite de cette journée. Déjà, la semaine dernière, il a fait un temps superbe. A chaque fois que l’on sort de l’hiver, elle s’étonne d’être aussi heureuse. Elle est de bonne humeur, elle a envie de prendre la vie comme elle vient. Elle se dit que c’est bête d’être aussi sensible au temps qu’il fait.

 

Devant elle, il y a le bassin avec les jets d’eau. Ce n’est pas Versailles mais c’est tout aussi agréable. Elle aime le bruit de l'eau qui étouffe celui des voitures, celles qui passent sur les quais de Seine, juste en bas du parc. C'est comme s’il y avait deux mondes parallèles qui se voyaient mais qui s’ignoraient. Elle regarde rarement les voitures. Elle regarde la façon dont l'eau retombe. Elle regarde les gens tout autour.

 

Il y a un homme qui joue au foot avec ses deux enfants, un garçon et une fille, peut-être 8 ans pour le garçon et 5 ou 6 ans pour la fille. L'âge de ses enfants à elle. Lui aussi doit avoir le même âge qu'elle ou à peu près. Une quarantaine. Ce qu'elle arrive à voir de son visage lui paraît doux, posé, sûr de lui sans exagération. C'est drôle quand même de se dire qu'un visage est sûr de lui. Quoique son corps aussi. Il s'en dégage quelque chose en tout cas. Un peu massif, un tout petit peu. Pas gros, pas du tout, juste un peu imposant, mais ça ne la gêne pas. Et puis il a l’air d’être un bon père.

 

Sophie sait qu’elle ne doit pas le regarder trop longtemps, sinon il va s’en apercevoir. Alors elle pose ses yeux ailleurs, vers le ciel, vers la cime des arbres. Elle voit un oiseau. Un ventre blanc et le reste noir. Une hirondelle ? Elle n’est pas sûre, elle ne connaît pas bien les oiseaux. Elle pense qu’il y a une expression comme ça, une hirondelle ne fait pas le printemps et c’est drôle parce que, justement, on est le premier jour du printemps et puis qu’est-ce qu’on est bien…

 

Elle regarde l’homme encore. Il continue à jouer. Il est totalement dans le jeu. Ses enfants ont l'air heureux. Image d’Epinal ? Il faut croire que cela existe des hommes comme ça. Elle, elle n’a pas eu de chance, c’est tout.

 

En jouant, l’homme se rapproche un peu de l’endroit où elle se trouve. Alors, elle sort ses lunettes noires. Comme ça, elle pourra le mater à loisir. Elle trouve qu'il sonne bizarrement ce mot. Elle se le répète dans sa tête. Mater … mater … mater. Elle le trouve de plus en plus étrange. Elle se demande si elle réagit comme un homme.

 

Elle se dit qu’il est peut-être divorcé. Elle se met à imaginer une rencontre avec lui et puis, petit à petit, une vie ensemble. De toute façon, elle sait que c’est un jeu. Elle est là, au parc, c’est le printemps, le vrai. Elle est bien et elle se laisse aller à la rêverie. Rien de plus.

 

— Tiens, on se met là.

La voix de l'homme l'a sortie de ses pensées. Il est venu sur la pelouse avec la petite fille. Ils s'installent juste à côté d'elle. Le garçon est ailleurs. Sophie a été surprise. Elle se rend compte qu'elle les avaient oubliés. Elle était dans son rêve et avait fini par ne plus les regarder, elle ne sait plus à quel moment. Elle essaie de s'en souvenir. En vain. Elle se dit que c'est drôle la façon dont la pensée mène sa petite vie parfois, de façon libre, indépendante de vous.

 

— Papa, combien je peux inviter combien d’enfants alors ?

Sophie s'arrête de réfléchir, elle se concentre sur la conversation du père et de la fille.

— Ce que je t'ai déjà dit. Dix. Je sais que tu voudrais inviter toute ta classe mais ce n'est pas possible. Tu comprends bien

— Non, je comprends pas.

L'homme rit.

— Remarque c'est normal, tu es une petite fille. Tu ne peux pas tout comprendre.

— Je suis en grande section.

— Oui, c'est vrai ma chérie, tu es une grande.

— Et Félix, je peux l’inviter ?

— Je t’ai déjà dit non.

— S’il te plaît…papa.

— Non, ma chérie, je suis désolée. Ta maman pense comme moi.

— C'est parce qu'il est marron que vous voulez pas ?

L'homme sourit.

— Oui, tu es une grande. Très grande même. En grande section, on est très grande. Mais il y a encore des choses difficiles à comprendre à ton âge.

— C'est parce qu'il est marron ?

— Ecoute ma chérie, on va en reparler tous les trois, toi, maman et moi.

— Ce sera oui ?

— On va en reparler.

La petite fille se met à pleurer. En silence. Juste une larme. Son père l'enlace.

— Mais non … il ne faut pas pleurer. Tu fais confiance à ton papa comme tu lui as toujours fait confiance ?

— Oui

— Oui sûr ?

— Oui sûr.

Félix ce sera une autre fois … peut-être …

 

Sophie n'a plus du tout envie de rester. Elle se lève et va vers le haut du parc, là où l'on a une vue sur Paris. On peut même voir la Tour Eiffel, surtout la nuit, quand elle est éclairée. Elle monte les marches et regarde vers le ciel. L'hirondelle est encore là.

 

 

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20 janvier 2018

Deux ans après

 

Joséphine repensait de temps en temps à l'accident.

Un matin, c'était deux ans après, elle prenait son petit déjeuner. Elle imagina rencontrer son chauffard dans la rue. Elle se formula le dialogue qu'ils auraient pu avoir. Et puis, tout d'un coup, la violence de l'accident la submergea, quelques secondes, trois ou quatre, pas plus. Elle se rappela alors qu'elle avait eu de la chance, qu'elle aurait pu y rester. Tout en y pensant, elle vit les choses sur la table : la brique de lait dans les tons bleus, le paquet de beurre bien entamé, le pot de café en poudre de la marque Monoprix, la grosse bouteille de Volvic laissée sur la table par son fils. Tout cela prit une grande importance. Dans leur banalité, ces cartons et plastiques représentaient la vie.  

 

 

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07 janvier 2018

Histoires

Gabrielle a 15 ans. Pour aller au lycée, elle passe par le jardin du Luxembourg. Elle ne prend jamais l'allée principale mais une allée parallèlle. Elle passe devant une grande pelouse parfaitement entretenue, avec une statue d'ange au milieu, et de jolies ombres lorsqu'il y a du soleil.

Souvent, en marchant, Gabrielle se raconte des histoires. Des histoires d'amour où elle est la principale héroïne. Des histoires qui se terminent parfois bien, parfois mal, mais qui sont toujours fortes. D'un jour sur l'autre, elle se raconte le même récit. Elle le continue ou bien se répète des scènes qu'elle enrichit de nouveaux détails. Quand elle pense être arrivée au bout, elle se raconte autre chose, une nouvelle rencontre, avec un autre garçon.

Ces rêves éveillés n'existent pas seulement pendant ses trajets sous les arbres du Luxembourg. Mais c'est à ce moment là qu'ils sont le plus réels. Ils suivent le rythme de ses pas. Elle marche avec eux.

De vraies rencontres amoureuses, il lui arrive d'en avoir. Mais elles sont toujours décevantes.

 

Gabrielle a 45 ans. Pour revenir de son travail, elle marche dans le quartier de la Défense. Elle n'habite pas loin. Ce qu'elle aime le plus, c'est marcher dans la nuit, sur les dalles désertées à l'heure où elle quitte son bureau, avec ses talons qui martellent le sol. Elle regarde toutes ces fenêtres encore allumées. On dirait que les lumières montent vers le ciel.

Gabrielle a besoin de ces moments pour évacuer le stress de la journée. Elle aime son travail, les responsablités qu'elle a, prendre des décisions, être dans l'action en permanence.Mais elle travaille beaucoup trop, elle le sait.

Elle ne se raconte plus d'histoires ou alors très ponctuellement et brièvement. Comme tout le monde pense-t-elle. Pourtant, elle aimerait bien y arriver encore. Elle n'a pas oublié l'adolescente qu'elle était et le bien que cela lui faisait. Maintenant, dès qu'elle n'est pas occupée à quelque chose, elle ressent un vide intérieur. Elle voudrait réussir à le peupler d'amours imaginaires et magnifiés. Plus beaux encore que tous ceux qu'elle a connus.

Pourtant, elle sait à quoi les histoires lui étaient utiles quand elle avait 15 ans. Elle luttait contre la dépression. Il suffit qu'elle se revoit traversant le Luxembourg pour revivre cette lutte. Et pourtant, à l'époque, elle n'en avait pas conscience. Elle n'avait pas conscience non plus de la perversité de ses parents. Elle ne pouvait pas mettre de mots sur ses ressentis.

 

Un soir, alors qu'elle marche au milieu des tours de la Défense, Gabrielle se sent particulièrement fatiguée. Elle passe, comme à chaque fois, devant une statue gigantesque qui porte des ailes dans le dos. Et, ce jour là, elle pense au titre d'un film. La vie rêvée des anges.

 

Posté par Dalva123 à 12:27 - Commentaires [12] - Permalien [#]