Ils étaient tous installés en bas du parc municipal pour la séance photo. Tout le mariage. Il y avait une cinquantaine de personnes. Des hommes en costumes sombres. Des femmes avec de jolies tenues de saison, légères et élégantes. Il y avait très peu d’enfants, mais plusieurs femmes enceintes.

Heureusement que le temps était avec eux.

Ils étaient sur la pelouse. Devant eux, en contrebas, il y avait la voie rapide. Mais on ne l’entendait pas vraiment. Les bruits du parc étouffaient ceux des voitures. Il y avait des gens qui riaient ou parlaient, le jet d’eau au milieu du bassin et, un peu plus loin, des ballons qui frappaient le sol.

Juste après la voie rapide, il y avait la Seine.

Isabelle, la mariée, était tournée vers le fleuve. Elle le fixait des yeux. « S’il y a une péniche qui passe avant la fin des photos … on sera heureux tous les deux ». Elle avait l’habitude de provoquer le sort. Elle se disait tout le temps des petites choses comme ça. « S’il pleut aujourd’hui, il va me téléphoner. S’il y a une voiture blanche qui passe, maman ira mieux. Si le feu passe au rouge dans les dix secondes qui viennent alors...  »

Avec la péniche, elle n’avait pas pris beaucoup de risques, elle le savait. Elle était confiante. Elle souriait aux photographes. Parmi eux, il y avait un professionnel qui lui ferait un album. Et puis, une dizaine d’autres personnes voulaient un souvenir. Des hommes, surtout, avec des appareils sophistiqués et deux femmes avec un petit numérique. Au bout d'un moment, la mariée se dit que c’était bizarre, qu’une péniche aurait dû passer depuis longtemps.

— Isabelle, un petit sourire s’il te plaît. Tu en fais une tête.

Elle fixait la Seine. « Elle va arriver… » se disait-elle.

— A quoi tu penses Isabelle ? Un petit effort quand même…

 

Elle se forçait à paraître heureuse. Elle devait se concentrer sur l’expression de son visage et sur le fleuve en même temps. Ce n’était pas facile. « Et s’il y avait une grève de péniches… » Elle savait que ce n’était pas possible. « Et si le samedi elles n’avaient pas le droit de circuler ? »

— Isabelle ! Hou hou ! On a bientôt fini. Encore une ou deux.

A ce moment, une péniche passa, très lentement.

— Ah ! Voilà ! Ton plus beau sourire. Allez … j’en fais encore. Tu veux bien ?