C’est ma mère qui a eu l’idée.

« Assistante de dentiste, c’est une bonne idée. La fille de Madame Lienne… tu te souviens de Madame Lienne ? Sa fille s’est orientée là-dedans. Elle est très contente. Et avec une formation pareille, tu es sûre d’avoir un boulot. Et tout de suite. Parce que maintenant, c’est tellement dur pour vous les jeunes. Et puis ça t’irait bien, tu es bonne en maths, méticuleuse, exactement comme la fille de Madame Lienne. »

J’ai écouté ma mère.

Elle est tellement persuasive parfois.

 

C’est vrai que j’ai beaucoup aimé ma formation. C’est vrai que j’ai trouvé tout de suite un emploi. C’est vrai que ma dentiste est contente de moi : je suis méticuleuse et attentive.

Mais qu’est-ce que je m’ennuie !

Ma dentiste, elle, est toujours occupée. Toujours dans l’action. Et elle discute avec les patients. Moi, je suis en arrière, silencieuse. Je prépare les outils, les pâtes, les empreintes quand elle me le demande. Sinon, j’attends.

Alors, j’essaie d’occuper mon esprit. Je pense à mon fiancé, au petit top que j’ai vu en vitrine, à la série que je vais regarder le soir. Et puis je regarde les patients. Je regarde leurs pieds. C’est comme ça que je sais ce qu’ils ressentent. Ils entendent le bruit de la fraise ou bien remarquent l’aiguille qui arrive près d’eux et il y a tout de suite une contraction. Même avec les chaussures ça se voit. Et puis, petit à petit, je les vois se relâcher, se détendre.

 

Quand ma mère me demande comment ça va mon boulot, je lui réponds que ça va bien. Quelquefois, j’ai envie de lui dire :

— Je regarde les pieds des gens.