Stéphanie est partie s’installer au bord de la mer. Elle a trouvé un poste d’assistante à Caen. Elle habite Colbec, une petite station balnéaire.

Sa mère est venue la voir un week-end de mai. Elles étaient toutes les deux à la terrasse d’un café. Sa mère lui a dit ce que Stéphanie redoutait depuis le début. Mais elle savait que qu'il fallait en passer par là.

— Quand même, tu ne crois pas que tu aurais pu trouver autre chose qu’un poste de secrétaire ?

— Pas secrétaire, maman, assistante.

— Oui … c’est un peu pareil. Avec tes études, tu aurais pu trouver autre chose.

— Ben non, justement … avec une licence de français, tu ne fais pas grand chose.

— Il fallait continuer tes études.

— Même avec une maîtrise … j’aurais pu être prof, mais je n’en avais pas envie.

— Quand même ! Tu pourrais avoir un peu plus d’ambition !

Stéphanie a fini par faire un grand sourire à sa mère et par lui dire qu’elle y penserait, juste pour couper court à la discussion. Mais sa mère a continué :

— Et puis … pourquoi n’habites-tu pas Caen ? Tu serais mieux en ville à ton âge. Et ce n’est pas ici que tu vas te trouver un mari.

— Maman … arrête s’il te plaît.

— OK, j’arrête de parler du mari … mais quand même, ça doit être mort pendant la semaine ici.

— Je travaille pendant la semaine.

— Et cet hiver … tu as pensé à cet hiver ? Là, ça va à peu près … mais, à partir d’octobre, ça doit être sinistre.

— Si ça ne me plaît pas, je déménagerai, ne t’inquiète pas.

 

En fait, Stéphanie n’avait pas du tout l’intention de déménager. Elle était venue ici parce qu’elle avait besoin de la mer. Elle sortait de son travail, le soir, et elle allait regarder les vagues, écouter le ressac, sentir les odeurs marines. Elle était bien. Elle se ressourçait. Et cet hiver, elle avait l’intention de s’acheter un bon manteau, un gros bonnet, et elle irait marcher sur la plage déserte et immense. Mais comment expliquer ça à sa mère ? De toute façon, elle ne comprendrait pas.