Elle avait relâché la porte du magasin un peu brutalement et sans regarder derrière elle. C’est qu’elle pensait à autre chose. Malheureusement, il y avait un homme qui voulait passer à ce moment là et il s’est pris la porte dans la figure. Il a juste dit « aïe » et elle s’est retournée, absolument désolée, confuse même. Elle a répété ces mots plusieurs fois : « Je suis désolée … je suis confuse … vraiment ». L’homme n’était ni un grincheux ni un râleur. Au contraire, il souriait. Il se tenait le front mais il souriait. Elle a fini par lui demander :

— Que pourrais-je faire pour vous ?

— Rien. Il me faudrait de la glace. A part ça, je ne vois pas. Mais ne vous inquiétez pas, ça va aller.

Elle avait de la glace chez elle. Elle n’habitait pas loin. Mais elle ne pouvait quand même pas lui proposer d’y aller ensemble. Ça ne se faisait pas. Pourtant, l’homme était séduisant. Alors, elle lui répéta encore qu’elle était désolée et s’en alla.

 Plus tard, elle s’est imaginé qu’elle n’avait pas été si timorée, que l’homme l’avait suivie et qu’une histoire d’amour avait eu lieu. Son rêve éveillé revenait souvent. Elle y mettait des tas d’images et de belles paroles. Elle prenait du plaisir à entrer dedans et puis soudain, elle devenait amère, elle regrettait sa passivité. Elle se disait : « Les choses auraient pu être différentes … si j’avais osé … »

 Pendant longtemps, elle a regardé les portes des magasins avec beaucoup d’intensité, en se disant : « Parfois, la vie tient à presque rien ».