Karine pensait souvent à la chanson de Michel Jonasz. « Dites-moi qu’elle est partie pour un autre que moi mais pas à cause de moi… ».

Elle ne comprendrait jamais ces paroles. Son problème à elle, c’était plutôt : « Dites-moi avec qui il est parti. » Elle regardait toutes les femmes d’une quarantaine d’années, dans la rue, dans le métro, dans le train. Elle ne pouvait pas s'en empêcher. Elle se demandait si sa rivale pourrait leur ressembler. Si elle pensait que cela fût possible, elle ressentait une jalousie terrible. Ce petit jeu la faisait souffrir mais elle n’arrivait pas à s’en défaire.

Un jour, elle vit, sur la ligne 1, une femme assez sexy mais vulgaire. De plus, elle avait l’air stupide. Cela lui fit plaisir d’imaginer une telle femme avec lui. Et puis elle se dit : « Je suis bête. Au contraire, il faudrait qu’elle soit belle à pleurer, intelligente, sensible, gentille, qu’elle ait toutes les qualités possibles. Il faudrait que ça en vaille la peine, sinon, pourquoi ne pas être resté avec moi ? » Et puis, finalement, cette idée lui fit du mal. Cela la rassurait de donner à l’autre le mauvais rôle.