J'ai souvent rêvé d’une bonne fée. Qu’elle change mon destin. Puisqu’elle ne s’était pas penchée sur mon berceau, je me la suis inventée. A huit ans, je lui ai même donné un nom : Maria. Et je l’appelais, je l’appelais, en vain.

Pauvre petite Cendrillon sans marraine !

Et puis, avec l’âge, j’y ai pensé moins souvent. De temps en temps, quand même, ça me revenait. Ah ! Si j’avais une bonne fée… Et je repensais à Maria comme à un joli souvenir.

 

Je ne lui avais pas seulement donné un nom. Je lui avais donné un visage. Ce n’était pas un stéréotype, ma fée. Elle était châtain, ses cheveux n’étaient pas très longs et elle avait même une légère coquetterie dans l’œil. Quoique… pour la coquetterie, je ne me suis jamais dit : « Ma fée a un truc bizarre dans l’œil. » Elle était comme ça, c’est tout. Je la visualisais ainsi et pas autrement, peut-être à cause d’un air de tristesse et de compassion que ça lui donnait.

 

Il y a deux mois maintenant, je pédalais, sur mon vélo. Une petite fille marchait sur le trottoir. Dans la main, elle tenait une baguette magique. Grise, en plastique mou, avec une étoile au bout du manche. Quand je suis passée devant elle, elle l’a agitée vers moi, d’un geste brusque et sec. Je ne m’y attendais pas. J’ai eu peur. J’ai fait un écart. Une voiture m’a fait tomber. Je me suis retrouvée allongée par terre. J’avais un peu mal au dos. J’avais des difficultés à me relever. La petite fille est venue me voir. Elle a pointé sa baguette devant moi. Sa maman, qui n’avait rien vu, l’a appelée du trottoir. Je n’ai pas entendu son prénom. J’ai juste entendu le « a » final. Sarah ou Sabrina ou Léa ou que sais-je encore ? Maria, ça m’étonnerait. C’est démodé.