Après une séparation de deux mois, ils s’étaient retrouvés dans leur chambre d’hôtel habituelle. Un peu avant l'heure de partir, il prit une douche, et il voulut une brosse.

— Regarde dans mon sac, dit-elle.

— Il est lourd.

— Oui, c’est mon bouquin. Tiens donne-le moi.

Quand il fut retourné dans le lit, elle lui dit :

— Quand j’ai lu une des nouvelles, dimanche dernier, j’ai eu une terrible envie que tu sois à côté de moi. J’avais envie de te faire la lecture à haute voix. Et, à ce moment là, je me suis dit que si je te revoyais un jour, je le ferai. Et voilà, on est de nouveau ensemble. Pour combien de temps ?

— Pourquoi pas ? Vas-y, lis. Ca changera.

— Ca s’appelle L’avion ou Il se parlait à lui-même comme s’il lisait un poème.

— Bizarre comme titre.

— Oui c’est vrai. Ecoute.

 

Et elle lut le texte de Muriakami où il était question de deux amants, un jeune homme et une femme mariée un peu plus âgée. Celle-ci pleurait souvent, sans raison apparente. Mais cela ne gênait pas l’homme, il avait une attitude détachée.

 

Elle prit son temps pour lire son passage préféré :

« Leur façon de faire l’amour était extrêmement douce et silencieuse (…) C’était très différent des expériences sexuelles qu’il avait eues auparavant. Cela lui faisait plutôt penser à une petite chambre. Une petite chambre bien ordonnée, agréable à vivre. Avec des fils multicolores qui pendaient au plafond. »

 

Elle continua sa lecture. Il ne l’arrêta pas. Il l’écoutait. Elle ressentait physiquement cette écoute. Elle était bien.

Quand elle eut fini, il lui dit :

— Pourquoi cette nouvelle ? C’est parce que la femme pleure ? Tu as pleuré quand on s’est quittés ?

— Non, ce n’est pas ça. C’est l’atmosphère … je ne sais pas … je ne sais pas en fait.

— Tu n’as pas répondu à ma question. Tu as pleuré quand on s’est quittés ?

--  Quelle importance ? Tu as aimé la lecture ?

--  Oui, tu lis bien. Ta voix m’a bercé.

 

Il était l'heure de se quitter. Elle repartit avec ces mots là dans la tête. Ta voix m'a bercée.