Maison de vacances

 

J’en ai rêvé. Avoir une maison de vacances. A chaque fois que j’allais quelque part, je les regardais toutes, que ce soit à la mer, à la montagne, à la campagne. Je les étudiais puis je les sélectionnais. Celles qui avaient le plus de charme. Celles qui me ressemblaient. Celles qui me rappelaient un lieu de mon enfance. Et, avant de partir, j’en choisissais une, une seule. Je me disais : « si je gagne au loto, c’est celle-là que j’achète ».

 

Maintenant je l’ai, ma maison. On l’a achetée avec mon mari, à Préfailles, à la limite de la Bretagne et de la Vendée. Oh bien sûr, il a fallu abandonner mes rêves. Voir la réalité en face. Faire avec nos moyens, avec ce qu’il y avait de disponible. Mais, au début, je la trouvais formidable, toute blanche, pleine de lumière, avec une vue sur la mer. Et puis, très vite, je ne l’ai plus supportée. Je regardais les autres, en me disant : « On aurait dû acheter celle-là ». Mais on ne change pas de maison comme de brosse à dents. Et puis, pour tout avouer, j’en ai assez de venir tout le temps au même endroit. Je voudrais changer, voyager.

 

Une maison de vacances … j’en avais rêvé.

 

 

 

Autoroute des vacances

 

Sandra est sur l’autoroute. Elle est contente. Ça roule. C’est fluide. Elle le dit aux enfants, à l’arrière :

— On a de la chance quand même. On a bien fait de partir ce soir.

Il est bientôt huit heures. L’heure qu’elle préfère.

— Regardez les enfants la lumière sur les champs.

— Mouai … et alors ?

Elle adore ces rouleaux jaunes partout dans la campagne. Pour elle, c’est vraiment les vacances qui commencent.

Devant eux, il y a une voiture avec des jeunes. Elle voit ceux de derrière qui dansent. Le dos à droite, le dos à gauche, le dos à droite, le dos à gauche. Bien coordonnés. Leur voiture bouge aussi, très légèrement. Elle remarque ce minuscule mouvement sur les roues. Ça la met de bonne humeur.

Tout à coup, les voitures ralentissent. Tout le monde roule au pas, sur deux kilomètres.

— Pas de chance, c’était trop beau.

Puis ils passent devant des voitures de pompiers, de police et une ambulance. Et la circulation reprend.

­ — C’était rien … c’était juste un accident.

Tout de suite après avoir dit ça, Sandra réalise qu’elle a dit une horreur. Juste un accident ! Sa bonne humeur s’en va. Elle se fait peur. Comment j’ai pu dire un truc pareil ? Elle s’arrête alors à une station service.

— J’ai besoin d’une petite pause les enfants.

 

 

 

Les chaussures

 

Je suis allée faire les soldes avec ma copine Mathilde.

 

 On s’est levées tôt, le premier jour. Elle m’a emmenée dans une petite boutique assez chic, derrière l’Opéra. Elle avait déjà fait son choix. Elle voulait être sûre que les sandales dont elle rêvait seraient toujours là. Elle a eu de la chance, il restait sa pointure. Soixante euros, je trouvais cela encore un peu cher pour des talons compensés même s’il y avait du strass sur le dessus.

- Tu te rends pas compte comme on est bien dedans ! Et puis, je t’assure, j’ai fait tout Paris, je n’en ai pas vu d’autres comme ça.

 

 A la fin de l’été, j’ai revu Mathilde chez Jacques et Brigitte. Elle portait de simples claquettes.

- Et les chaussures qu’on a achetées ensemble ? Tu ne les aimes déjà plus ?

- Tu rigoles ! Vous n’allez jamais me croire. J’étais en Normandie, je suis allée sur la plage avec…

- Avec des talons ?

- Oui, c’est la ville là bas. Il suffit de se déchausser quand on arrive sur le sable. Donc, je m’installe, le dos contre un petit muret, et je m’endors à moitié.

- Et là, un chien vient pisser dans tes godasses.

- Non, je me réveille et … plus de chaussures.

- Tu te les aies fait piquer ?

- Eh oui !

-Tu as été porter plainte ?

- Même pas, je suis rentrée pieds nus.